Compte-rendu de lecture : Guillaume Fontaine, Gaz et pétrole en Amazonie, conflits en territoires autochtones, Paris, L’Harmattan, 2010.

Depuis la découverte et l’exploitation de gisements pétroliers au début des années 1970 en Equateur,  d’autres gisements ont été découverts en Colombie (1984) et au Pérou (1986). Une bonne partie du territoire amazonien fait donc l’objet dans ces pays de contrats d’association pour l’exploration ou l’exploitation du pétrole. Or, la forêt amazonienne représente une biodiversité unique au monde et constitue le cadre de vie de centaines de peuples autochtones dont les territoires sont fortement affectés par l’extraction de ces ressources naturelles sans que ceux-ci ne soient nécessairement intéressés par ces activités extractives. On assiste donc à la multiplication des conflits fonciers dans la région.

Après un premier chapitre dédié à la globalisation économique en Amazonie et à la convergence des dynamiques autochtones et écologistes aux niveaux local et global, ce livre traite en particulier de quatre conflits survenus en Equateur (le cas des Quichuas du Pastaza face à l’industrie pétrolière et le cas du Parc national de Yasuni), au Pérou (Les Matsiguengas et les Yines face au projet de gaz Camisea) et en Colombie (les U’was face à Occidental et Ecopetrol).  Ces conflits ont en commun d’opposer des acteurs économiques puissants à des populations largement marginalisées dans les politiques nationales de développement.

Ces quatre cas font l’objet de différents chapitres, l’auteur y développe toutefois une même grille d’analyse qui met en évidence cinq aspects de ces conflits environnementaux : la convergence du mouvement autochtone et de l’écologie politique, les logiques d’actions rationnelles qui opposent les acteurs sociaux aux entreprises et à l’Etat, les processus de transformation identitaire à l’œuvre,  la participation des communautés et organisations autochtones à la gouvernance énergétique et les tensions entre la conservation de l’environnement, l’exploitation pétrolière et l’administration des peuples autochtones.

Guillaume Fontaine démontre ainsi que l’évolution des pratiques des Etats et des entreprises pétrolières n’est possible que sous la pression continue des mouvements sociaux. La convergence des organisations écologistes et autochtones semble renforcer la capacité de résistance et de participation des populations autochtones aux processus de décision. Outre le renforcement des organisations politiques, la résistance à l’activité pétrolière et la capacité à maîtriser le changement social accéléré par cette activité dépend également d’un processus de redéfinition identitaire. L’ethnicité devient en effet le support non seulement de revendication territoriale, mais aussi d’une critique de la modernité qui va de l’isolationnisme à la demande de participation.  La lutte contre les entreprises pétrolières et contre l’Etat passe aussi par des alliances entre populations autochtones et paysannes pourtant historiquement opposées.

Toutefois cette capacité de résistance est très diverse et les modalités de ces conflits varient très fortement : du rejet sans concession dans le cas des U’was (Colombie) à la régulation de l’activité par des zonages pour les Quichuas (Equateur) ou les Matsiguengas et les Yines (Pérou). L’auteur montre que cette diversité tient au degré d’organisation préalable des communautés locales, aux antécédents des activités extractives dans leur environnement proche et au rôle de l’Etat dans ces activités extractives passées et présentes.

Cet article a été publié dans Environnement, industries extractives, Mouvements autochtones, Ressources naturelles, Territoire. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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