Documentaire « The voice of the Mapuche, Chi Mapuche Nütram. One People, One Nation undivided by the Andes ».

Droits d'auteur photo: http://thevoiceofthemapuchedocumentary.blogspot.com/

Droits d’auteurs photo:  http://thevoiceofthemapuchedocumentary.blogspot.com/

« The Voice of the Mapuche, Chi Mapuche Nütram ;  one people, one nation undivided by the Andes » est un documentaire  réalisé en 2008 par Pablo Fernandez et Andrea Henriquez.

Tourné au Chili et en Argentine, ce documentaire d’une durée de presque deux heures et construit autour d’allers retours successifs entre le Chili et l’Argentine,  est articulé autour de deux idées principales :

D’une part, l’unité d’un peuple divisé par la frontière naturelle de la Cordillère des Andes  devenue frontière politique internationale en 1888, et qui partage des dynamiques communes, historiques et contemporaines, que tente de faire ressortir le documentaire.

Les thèmes évoqués dans ce film :

Un territoire libre sous la colonie espagnole et sa reconnaissance par des traités souscrits par cette dernière  auprès des Nations autochtones; les conquêtes militaires de leurs territoires à la fin du XIX ème siècle (camouflées par les histoires officielles  chiliennes et argentines sous les titres de « Pacification de l’Araucanie » au Chili et « Conquête du désert en Argentine ») et le rôle des églises Capucines (au Chili) et Salésiennes (en Argentine) dans un but d’assimilation des identités et des cultures  autochtones;  le XXème siècle, la perte de la propriété de leurs territoires et leur réduction à une propriété foncière individuelle et limitée au Chili ou presque inexistante en Argentine; l’apparition des clôtures de barbelé ; le conséquent appauvrissement de populations Mapuche et la  migration à compter des années 30 d’un important pourcentage  vers les villes pour pallier le manque de terres  et de ressources économiques ; la réalité de générations de Mapuche nées en milieu urbain;  les nouvelles menaces portées aux terres et territoires qu’ils possèdent, causées d’une part par l’exploration et l’exploitation de ressources naturelles (plantation de forêts de bois exotiques, barrages hydroélectriques, exploitation pétrolière et gazière (Patagonie Argentine), minière, privatisation des sources d’eau mais aussi par la construction de routes ou encore l’autorisation de décharges en territoires autochtones.

D’autre part, le documentaire reflète  la complexité contemporaine de la relation des Mapuche à leur identité et leur culture : que signifie être Mapuche et comment continuer d’ « être Mapuche » ?: assumer une charge spirituelle et une cosmovision mapuche au milieu d’autres religions, « être mapuche » avec ou sans terre, en milieu urbain ou rural, pratiquant ou non le mapuchezugun (la langue mapuche) ; vivre au rythme des multinationales ou poursuivi par la justice pour défendre ses terres,  en prison ou encore en exil en Argentine pour fuir la détention…

Plus que des réponses, le documentaire invite à la réflexion. « Nütram » comme l’indique  son sous-titre ; il s’agit bien de conversations engagées auprès de Mapuche, pris individuellement dans leur contexte familial  et territorial, indépendamment de leur éventuelle appartenance à telle ou telle organisation mapuche.

Le documentaire s’ouvre et s’achève sur des prières mapuche conduites par un Machi sur son territoire dans le sud du Chili. Une introduction à  la « cosmovision mapuche » pratiquée et protégée par les Machi (médecins spirituels mapuche, intermédiaires entre la biodiversité naturelle et les entités situées au sein d’autres espaces physiques et temporels) et autres autorités spirituelles mapuche, sur les origines du peuple et du concept « mapuche » et l’essence de la relation du Mapuche avec la biodiversité naturelle et surnaturelle, est présentée par un Machi consacré, Juan Curaqueo, le Ngempin Armando Marileo et « l’Homme oiseau », Lorenzo Aillapan. Dans son espace territorial, le Machi offre quelques scènes  de sa vie quotidienne, qui inspirent harmonie et tranquillité : la conduite d’une cérémonie,  la ruka (habitat ancestral mapuche), la force du canelo (arbre sacré mapuche), la cuisson de la tortilla (galette de pain) sous les cendres et les braises ; le chant des volailles, des traile et des Rafkin (oiseaux caractéristiques de ces zones territoriales).

Ces scènes « clichés » de l’environnement d’un Machi, extraites d’un quotidien fort complexe mais non déconnecté  de la préoccupation  de l’état de santé physique et spirituelle du peuple mapuche,  contrastent avec la réalité d’une jeunesse urbaine mapuche qui recherche comment alimenter son identité, tout en souffrant la discrimination pour porter un nom d’origine mapuche ou un physique distinct. En Argentine, comme au Chili, cette quête identitaire est similaire. Certains voient dans le hip-hop, le hard rock etc. et autres formes d’expressions artistiques, les moyens de s’exprimer ou de s’identifier au milieu du béton, des cordons de pauvreté urbains et des monuments et statues édifiés en hommage à la colonisation de leurs territoires. Les jeunes mapuche interviewés précisent cependant : « je ne suis pas punk, je suis Mapuche ».  Leurs parents parlent d’ « être mapuche à moitié »et du long travail de reconstruction qu’ils doivent accomplir pour « récupérer au jour le jour, ce qu’ils nous ont quitté ». Cependant, leur identité mapuche prime sur celle du marqueur étatique en se reconnaissant en l’espèce,  avant tout  mapuche lafkenche pour vivre aux abords du lac Rosario. Au Chili comme en Argentine, des compétitions de  Palin (jeu ancestral) sont organisées afin de fortifier la culture et l’esprit mapuche.

Le milieu rural mapuche, en Argentine et au Chili montre encore une autre diversité de réalités : celle de Mapuche qui vivent éloignés de tout conflit territorial généré par les « mégaprojets » et l’exploitation des ressources naturelles de leurs territoires et les autres…

Les premiers peuvent plus facilement choisir  de vivre en accord avec les normes d’une cosmovision mapuche décrite aux débuts du documentaire. En Argentine, suite à un rêve, une famille Mapuche a décidé de revenir en terres mapuche rurales afin de les administrer et ainsi les protéger  en vue de permettre aux futures générations de vivre sur leur territoire, selon sa définition du développement. C’est une réalité chilienne et argentine partagée par de nombreuses familles Mapuche qui après avoir connu la ville, les difficultés professionnelles, la hausse des coûts de la vie, les agressions urbaines et la mauvaise qualité générale des conditions de vie, opte pour récupérer ou habiter les terres familiales en milieu rural.

Les seconds en revanche disposent de peu d’options : quitter les terres menacées ou bien résister à ce troisième acteur de l’invasion de leurs territoires comme l’indique une personne Mapuche interviewée : « la Couronne d’Espagne, l’Etat Républicain et maintenant les transnationales… ».  Le documentaire revient sur le long conflit qui oppose des communautés mapuche à Benetton au sein de la Province de Chubut en Argentine et les différents acteurs étatiques qui interviennent dans la résolution des conflits. En particulier le pouvoir judiciaire et le Ministère public (fiscalia).

En Argentine comme au Chili, les jurisprudences en faveur des communautés autochtones sont rares ; dernièrement, l’évocation de la violation du droit des institutions représentatives autochtones à être consultées concernant toute décision affectant leur territoire a permis, dans certains cas, de suspendre temporairement certaines menaces.  Cependant, bien souvent aussi les membres des communautés sont expulsés des terres qu’ils possèdent sans titre de propriété ou réprimés violemment par les forces policières dans le contexte de mobilisations territoriales. Au Chili comme en Argentine, la criminalisation des mobilisations autochtones constitue une stratégie étatique exercée par le Ministère Public. Le documentaire interroge des Mapuche du Chili condamnés en application de la loi anti-terroriste ; certains ayant exécuté leur peine avant d’être reconnu plus tard judiciairement innocents ; d’autres, en exil pour fuir une peine qu’ils estiment injuste. Un ensemble d’organismes internationaux et l’ONU recommandent à l’Etat Chilien d’adapter cette loi aux standards internationaux de la définition du terrorisme, en l’espèce inadaptés à la cause.

Enfin le documentaire mentionne le « barrage médiatique » (cerco mediatico) exercé par les moyens de communication officiels, centré essentiellement sur la diffusion de l’image du « Mapuche violent, terroriste et conflictuel ». Il évoque également le jeu médiatique exercé par des organisations mapuche et acteurs Mapuche, qui à travers des programmes de radio et les multiples usages des espaces de communication facilités par internet parvient à diversifier l’information relative à la multiple réalité mapuche, contourner la censure et confirmer aux Mapuche et aux autres peuples que le peuple Mapuche poursuit sa propre dynamique, qu’il exprime aujourd’hui à plusieurs voix, au sein de ce documentaire et au quotidien.

Voir le documentaire en ligne, en version espagnole sous-titrée en anglais:

http://www.cultureunplugged.com/documentary/watch-online/festival/play/6068/The-Voice-of-the-Mapuche

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