Séminaire SOGIP Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones, Paris le jeudi 13 décembre 2012

Le développement « avec culture & identité » en questions : une problématique autochtone ? Réflexions croisées autour d’études de cas au Chili, au Cameroun et en Nouvelle-Calédonie.

jeudi 13 décembre 2012 – 9h à 13h – salle du conseil A (R -1), bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris

Intervenants :

Guillaume Boccara (CERMA, EHESS) – L’ethno-développement « adoucit les moeurs ». Réflexions sur le programme Origenes (Chili) comme modèle antipolitique.

Céline Germond-Duret (Université Liverpool John Moores) –  Projets de développement et représentation des peuples autochtones

Jean-Michel Sourisseau (CIRAD) – Autochtonie et émancipation en Nouvelle-Calédonie. Les enjeux du développement de la province nord

La question du développement est centrale dans le contexte onusien, et se pose à nouveaux frais depuis la définition des Objectifs de Développement du Millénaire, pour ce qui concerne les peuples autochtones. Dans  le cadre de l’adoption de la Déclaration et des mobilisations des peuples autochtones contre des projets affectant directement leur survie, le concept de développement autodéterminé a été formulé. On s’interrogera ici sur le paradigme du développement « avec culture et identité », appelé aussi « développement avec identité » ou encore ethno-développement selon les régions.  Comment ce concept a-t-il été élaboré, pensé, diffusé, mis en pratique au niveau local ? Quels sont ses effets et ses limites ? Peut-on tirer un bilan des expériences présentées ? Il nous intéresse de connaître la position des peuples autochtones ayant développé ce type de projets ainsi que les modalités de mise en œuvre, de discuter des conflits de représentation qui peuvent surgir sur la notion même de développement. Nous nous interrogeons en particulier sur la manière dont ces expériences sont prises en compte par les organismes internationaux qui ont promu le « développement avec « culture et identité » ou qui financent les projets de développement  (Banques, ONGs)?

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Guillaume Boccara (CERMA, EHESS) – L’ethno-développement « adoucit les moeurs ». Réflexions sur le programme Origenes (Chili) comme modèle antipolitique.

Au cours de cette séance je  présenterai rapidement le programme d’ethno-développement Origenes (le contexte régional, national et global dans lequel il a été conçu, ses modalités d’exécution) pour enchaîner sur l’analyse d’interviews réalisées auprès de 30 personnes y ayant participé. Je développerai une réflexion plus générale sur la conception du social et du culturel à laquelle renvoie la pratique de l’ethno-développement telle qu’elle a été déployée par les agences multilatérales de développement et les organisations paraétatiques dans le contexte du néo-libéralisme ; une conception qui fait du marché un dispositif naturel d’harmonisation des différences sociales et de culturelles, alors essentialisées. Je tenterai de montrer que l’ethno-développement n’est pas qu’une technique visant à faire sortir les populations indiennes de la marginalité en s’appuyant sur leurs pratiques et représentations culturelles, mais qu’il contribue à inculquer une nouvelle conception du lien social, en occultant le caractère sociohistorique de la condition d’opprimé et de la production de la différence.

Céline Germond-Duret (Université Liverpool John Moores) –  Projets de développement et représentation des peuples autochtones

La représentation des peuples autochtones que se font les agences et acteurs du développement est fondamentale, puisqu’en découlent des attentes et des comportements à leur égard. Ainsi, selon les images qui leur sont associées et la représentation qui en est faite, les projets de développement mis en place sur ou à proximité de leurs territoires pourront être présentés comme une nécessité, et leurs impacts comme négligeables ou non dommageables. La vision de l’Autre implique en effet un comportement, une pratique à son égard, et projette sur lui certaine compréhension de ses préoccupations et de ses aspirations. Ma communication montrera, à partir d’une analyse de discours, comment la mise en place d’un projet de développement auprès de populations Pygmées du Cameroun s’est articulée autour de trois discours, ou représentations, de la réalité autochtone. La construction de la situation de ces populations par des acteurs du développement (la Banque mondiale), de la préservation de la nature (les organisations écologistes), et de défense des populations autochtones (ONGs de soutien) déclenche des actions concrètes à leur égard. Labellisés comme des pauvres, des menaces à l’environnement, ou des victimes, les Pygmées sont ainsi incités à s’intégrer à l’économie de marché, à prendre part à des plans de conservation de la nature et de développement touristique, ou à rejoindre l’espace politique des luttes pour les droits des peuples autochtones.

Jean-Michel Sourisseau (CIRAD) – Autochtonie et émancipation en Nouvelle-Calédonie. Les enjeux du développement de la province nord

Depuis près de 25 ans, la Nouvelle-Calédonie met en œuvre un processus original de décolonisation négociée. L’émancipation impose des transferts de compétences. Le rééquilibrage économique et social impose des politiques publiques volontaristes. Le destin commun tient compte du fait que l’avenir du pays, même dans l’indépendance, ne peut  être envisagé sans les Kanak et sans la présence des caldoches descendant des colons et des néo-arrivants. Dans les accords de Matignon-Oudinot et de Nouméa, mais aussi dans les lois organiques leur donnant corps et négociées par les indépendantistes, la notion d’autochtonie est quasiment absente. Les leaders indépendantistes en situation de responsabilité dans la province Nord du pays, forts de la légitimité acquise par les résultats de leur action au pouvoir et en recherche de la reconnaissance de leur collectivité en tant qu’acteur mondial dans l’industrie du nickel, voient dans le discours autochtone des risques politiques d’affaiblissement de leur stratégie de développement économique. Ils s’inscrivent dans la feuille de route des Accords. Depuis le début des années 2000 cependant, des associations indépendantistes n’étant pas au pouvoir, s’intéressant à l’environnement et s’inquiétant de la mainmise des firmes multinationales sur le nickel calédonien, souhaitent porter un discours alternatif sur le développement du pays. Elles se réfèrent à la revendication des « peuples autochtones », dans un but de formalisation et d’amplification de leurs messages. Je me propose de discuter de ces tensions et de leur implication sur les représentations  du développement en Nouvelle Calédonie.

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