COP 18 : Déclaration de la Coordination Andine des Organisations Autochtones (CAOI)

Dans le cadre de la COP 18 et du premier Forum de l’ONU sur les entreprises et les droits humains, la Coordination Andine des Organisations Autochtones (CAOI) a diffusé le communiqué suivant sur ses positions face aux mesures discutées à l’échelle internationale sur les changements climatiques.

Communiqué

« Nous, les peuples autochtones andins, nous sommes ceux qui habitent nos territoires andins depuis l’époque précoloniale, avant l’invasion européenne de Abya Yala (continent américain) et de la formation des républiques actuelles. Notre forme de vie est toujours en vigueur parce que nous avons su et savons nous adapter au climat des montagnes andines. Nous conservons nos connaissances de la Nature mais aujourd’hui, nous nous trouvons confrontés aux effets du changement climatique. Ces impacts affectent nos formes de vie parce que nous dépendons de nos territoires et de leurs biens naturels pour notre survie. Le changement climatique provoque des désastres (comme les fortes pluies et les sécheresses prolongées dans les Hautes Terres qui nous rendent chaque fois plus vulnérables), modifie les systèmes écologiques de montagne et avec le temps, pourrait provoquer la disparition de la biodiversité andine.

Face à cette situation, la Coordination Andine des Organisations Autochtones (CAOI) déclare :

Cadre général :

–       Reconnaître et respecter l’autodétermination des peuples autochtones, en particulier nos droits aux territoires et aux biens naturels en conformité avec la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones ;

–       La participation effective des Peuples Autochtones à tous les niveaux, en respectant les processus basés sur la consultation et le consentement préalable, libre et informé ;

–       Reconnaître, respecter et renforcer la contribution fondamentale des connaissances, des innovations et des pratiques traditionnelles des Peuples Autochtones ;

–       Réviser les conceptions de développement basées sur l’accumulation des richesses qui accentuent l’exploitation sans limites des biens naturels.

Vision partagée :

–       Adopter des cadres concrets de réduction d’émissions de gaz à effets de serre avec un suivi du Protocole de Kyoto dont la première phase prend fin cette année ;

–       Une réduction d’émission d’au moins 45% sous les niveaux de 1990 pour 2020 et d’au moins 95% pour 2050 ;

–       Des mesures financières, technologiques, adaptatives, de développement de capacités, de schémas de production, de consommation et d’autres encore comme la reconnaissance des Droits de la Terre-Mère pour rétablir l’harmonie avec la Nature.

Transfert de technologie :

–       La connaissance est universelle et ne peut, sous aucun motif, être l’objet de propriété et d’utilisation privée, pas même ses applications sous forme de technologies. Les pays développés  doivent partager leur technologie avec les pays en développement.

–       Le transfert et l’installation de technologies doivent être immédiats, opportuns, d’accès libre et gratuit, en harmonie avec la Terre-Mère et sans conditions.

–       Le régime de droits de propriété intellectuelle doit être modifié pour garantir l’accès aux technologies propres de mitigation et d’adaptation avec la participation de fonds publics. Il doit inclure le signalement de l’origine des savoirs ancestraux, le consentement fondé sur un caractère préalable et la participation équitable aux bénéfices.

–       Établir un mécanisme multilatéral et multidisciplinaire pour le contrôle participatif, la gestion et l’évaluation continue de l’échange mutuel technologique. Ces technologies doivent être utiles, propres et socialement adéquates.

–       Établir un fonds de financement et un inventaire des technologies appropriées et libérées des droits de propriété intellectuelle, en particulier des licences qui doivent passer des monopoles privés au domaine public, en libre accès et à bas prix.

–       Incorporer les connaissances et les technologies des Peuples Autochtones  et garantir la participation d’experts autochtones

Adaptation et mitigation :

–       Garantir le respect, la protection et la promotion des connaissances traditionnelles et des modes de vie durables des Peuples Autochtones. Inclure des sauvegardes environnementales (salvaguardas ambientales) et sociales des Peuples Autochtones en incluant les aspects culturels et spirituels ;

–       Des politiques et des fonds publics qui donnent la priorité à la reconnaissance intégrale des territoires des Peuples Autochtones. Reconnaître et promouvoir les systèmes propres aux peuples autochtones dans l’usage, l’utilisation et la conservation des biens naturels ;

–       Toute action de mitigation et d’adaptation doit considérer les connaissances et les technologies des Peuples Autochtones, et être soumis à leur consentement préalable, libre et informé et garantir la participation d’experts autochtones.

Financement :

–       Tout mécanisme de financement pour la mitigation et l’adaptation du changement climatique doit être établi dans le cadre de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique et doit prévoir des ressources directes pour les Peuples Autochtones ;

–       Établir des mécanismes participatifs pour garantir la transparence et la reddition de comptes sur toutes les procédures et toutes les opérations de financement. Les ressources doivent provenir de fonds publics et être additionnels aux fonds d’aide au développement ;

–       Établir un fonds spécial qui permet aux Peuples Autochtones et aux communautés locales de développer leurs propres activités et contributions pour remédier au changement climatique ;

–       Les pays développés doivent engager un financement annuel égal à un moins 6% de leur produit intérieur brut pour affronter le changement climatique dans les pays en développement ;

–       Le financement doit être direct, sans conditions et ne pas mettre en risque la souveraineté nationale ni l’autodétermination des communautés et des groupes les plus affectés.

–       Les institutions financières internationales, comme la Banque Mondiale, doivent rester hors du système d’administration des fonds créés et à créer.

Marchés de carbone et mécanisme connexes :

–       Abandonner les fausses solutions au changement climatique qui produisent des effets négatifs sur nos droits : l’énergie nucléaire, les méga-barrages hydroélectriques, les techniques de géo-ingénieurie, le « charbon propre », les agro-combustibles, les plantations, les mécanismes de marché du carbone, les mécanismes pour le Développement Propre et la compensation des Forêts

–       Les solutions basées sur la logique de marché, celles qui se réfèrent au mécanisme de développement propre ou les propositions REDD+, constituent de nouvelles formes d’économie géopolitique qui menacent les droits autochtones garantis par de multiples instruments internationaux et les manières de vivre de nos peuples.

–       REDD+ doit garantir et respecter les droits des peuples autochtones, les modes traditionnels de vie et la gouvernance coutumière des forêts

La coordination andine des organisations autochtones, CAOI

Sources : AINI, 06-12-2012 & Erbol Indígena, 5-12-2012

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