CMPI 2014 : Déclaration du Forum Abya Yala

Dans le cadre de la réunion préparatoire à la Conférence Mondiale sur les Peuples Autochtones prévue en 2014, des organisations autochtones latino-américaines ont publié la déclaration suivante (traduction libre proposée par Laurent Lacroix)

Déclaration du Forum Autochtone de Abya Yala

Iximulew, Guatemala. 11-13 avril 2013

Dans le cadre de la réunion préparatoire à la Conférence Mondiale sur les Peuples Autochtones de 2014 réalisée pour le groupe d’Amérique latine et des Caraïbes à Iximulew, Guatemala, du 11 au 13 avril 2013, des femmes, des jeunes et des représentants des organisations des peuples autochtones de 17 pays d’Amérique latine et des Caraïbes se sont réunis pour analyser le thème et le contenu de la Conférence Mondiale.

Ont été discutées des préoccupations, des recommandations et des propositions demandant le respect, la reconnaissance et l’accomplissement des droits individuels et collectifs des Peuples Autochtones auprès des États, des entités financières, des organismes intergouvernementaux.

Pour les peuples autochtones, nos terres, nos territoires et leurs ressources constituent des éléments fondamentaux qui permettent la continuité historique et la plénitude de la vie, de la spiritualité, le développement social, culturel, économique, politique et humain en lien avec notre cosmovision qui consiste en une relation profonde avec la Terre-Mère. L’institutionnalité des Peuples Autochtones, exprimée à travers les institutions, les autorités ancestrales, des systèmes de participation politique et juridique propres permettent une coexistence harmonieuse, la gestion et la gouvernance territoriale.

Le modèle actuel de développement économique se traduit par des mégaprojets, des infrastructures, des monopoles de communication, des industries extractives et forestières, des mécanismes de développement propre, des centrales hydroélectriques, des agrocombustibles, des énergies « propres » (énergie éolienne, géothermique), l’exploitation de minerais métalliques et des solutions douteuses reposant sur les mécanismes de marché, le système REDD+, les bons carbone et toutes ses variantes, la biotechnologie et la fertilisation marine qui ne respectent pas les droits humains individuels et collectifs des peuples autochtones, en particulier le droit à l’autodétermination et au consentement libre, préalable et éclairé.

Conscients que la société dominante en Amérique latine et dans les Caraïbes persiste à travers des schémas et des mécanismes d’exclusion, de discrimination et de racisme qui ne permettent pas d’éradiquer les brèches de l’inégalité, les peuples autochtones, en particulier ceux vivant en isolement volontaire, l’enfance, les jeunesses et les femmes autochtones sont les plus vulnérables aux impacts négatifs des politiques qui sont actuellement développées.

Nous demandons une décolonisation réelle et effective du pouvoir qui ne dépende pas d’un parti ni d’un gouvernement de passage mais d’une véritable construction d’Etats plurinationaux respectant les demandes des peuples autochtones et leurs plans de vie. Cette reconnaissance est un mécanisme effectif pour améliorer la relation entre les états et les peuples autochtones qui permettra de construire une cohabitation harmonieuse pour la paix et la démocratie incluante et participative, éliminant ainsi les actions de criminalisation à l’encontre des dirigeants et des peuples autochtones qui défendent leurs droits territoriaux et leur intégrité culturelle et spirituelle.

Face à cette situation, les Peuples autochtones de Abya Yala :

  • Nous exigeons l’application et la mise en place effective de la Déclaration de l’ONU sur les Droits des Peuples Autochtones, en particulier les articles 3 et 4 sur le plein exercice du droit à l’autodétermination, à l’autonomie et à l’autogouvernement ;
  • Nous demandons que les actions et les politiques de développement proposées et appliquées par les Etats et autres institutions, se réalisent dans le respect des standards internationaux des droits humains des peuples autochtones ;
  • Nous demandons aux Etats de garantir une participation pleine et effective de l’enfance, de la jeunesse et des femmes autochtones dans la formulation, l’exécution et l’évaluation des politiques publiques, en particulier pour ce qui concerne la revitalisation et le renforcement de l’identité culturelle et linguistique, l’accès à une éducation autochtone et interculturelle de qualité à tous les niveaux scolaires ;
  • Nous exigeons des Etats, une adéquation de leurs législations aux standards internationaux de droits humains, sur la base de la Déclaration de l’ONU sur les Droits des Peuples Autochtones qui permettent la démocratisation et l’Etat de droit ;
  • Nous incitons les organes et les organismes spécialisés du système des Nations Unies, les entités financières et autres organisations intergouvernementales à mettre en place de manière effective les dispositions de la Déclaration de l’ONU dans la réalisation d’initiatives dans les pays, en coordination avec les gouvernements et les peuples autochtones tout en incluant les femmes et les jeunesses ;
  • Nous exigeons des Etats d’assurer une participation pleine et effective des peuples autochtones dans l’évaluation de l’agenda post 2015, basé sur l’autodétermination, l’autonomie et la territorialité, le consentement libre, préalable et informé, la spiritualité, l’interculturalité, les femmes et la jeunesse, la réciprocité et la solidarité. Et d’éliminer les pratiques attentatoires à la Terre-Mère et à la société même par le bien commun et la pleine vie ;
  • Nous exigeons des Etats une construction des objectifs de Développement Durable avec la participation pleine et effective des peuples autochtones ;
  • Nous exigeons des états de garantir aux peuples autochtones le droit à la communication et à l’information par le biais de législations et de fonds spécifiques comme cela est consacré dans l’article 16 de la Déclaration de l’ONU ;
  • Nous incitons les Etats à soutenir politiquement, techniquement et financièrement le processus de préparation de la Conférence Mondiale, d’assurer la participation des peuples autochtones à celle-ci et à l’élaboration des documents finaux de cette Conférence ;
  • Nous considérons comme urgente la mise en place par les Etats de mécanismes ou de lois assurant le droit à l’eau ;
  • Nous incitons les Etats, dans le cadre d’un dialogue interactif avec les peuples autochtones, à développer des processus pour évaluer la mise en place et l’application effective des droits des peuples autochtones consacrés, entre autres, dans la Convention 169 de l’OIT, la Déclaration de l’ONU sur les Droits des Peuples Autochtones.

Le texte original de la Déclaration [ESP]

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