Séminaire Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones
organisé par Irène Bellier (IIAC/LAIOS) et Verónica González (CONACYT/LAIOS)
30 mars 2017 de 9h à 13h,
Salle du Conseil A, bât. Le France
190, av. de France 75013 Paris
Séance 6 – REPENSER L’EDUCATION A PARTIR DES EXPERIENCES AUTOCHTONES :
DILEMMES, PARADOXES ET POSSIBILITES POUR DES SYSTEMES EDUCATIFS ADAPTES

Cette séance sera l’occasion de présenter les analyses et les réflexions développées dans
trois ouvrages consacrés à l’éducation autochtone. Fruit de recherches collectives et
participatives, les livres présentés essaient d’établir un pont entre le champ de l’éducation et le besoin qu’ont les autochtones de déterminer leurs propres stratégies de subsistance et
leurs voies de développement.
La discussion de ces livres nous donnera des éléments pour comprendre l’éducation dans
un sens général, à savoir comme transfert de connaissances entre les générations en vue
de préparer la génération suivante à vivre dans une communauté particulière et dans le
monde, aujourd’hui globalisé. Nous nous pencherons également sur la complexité de la
notion d’éducation, tant pour identifier ce que veulent les personnes que pour dessiner le
type d’approche qui permettrait d’améliorer la situation éducative des peuples autochtones.
Finalement, on approchera l’éducation en tant que droit. Nous mettrons en question la
conception du droit à l’éducation autochtone et la problématique des systèmes propres
d’éducation. Il semble urgent de reconnaître la diversité des approches éducatives que
proposent les peuples autochtones comme des modèles viables et valides dont on peut tous apprendre.

Intervenants :
Irène Bellier, Directrice de recherches en anthropologie (CNRS, IIAC/LAIOS)
Jennifer Hays, Professeure associée en anthropologie, UIT Université arctique de Norvège
Emmanuelle Ricaud, Doctorante IIAC/LAIOS
Marie Salaün, Professeure d’anthropologie, Université René Descartes Paris
Bruno Baronnet, Professeur/chercheur en sociologie, Instituto de Investigaciones en Educación, Universidad Veracruzana (Xalapa, Mexique)

Résumés des interventions

  • Quelle éducation pour les peuples autochtones ?Irène Bellier, CNRS, IIAC/LAIOS-SOGIP
    Irène Bellier présentera le livre qu’elle a coordonné avec Jennifer Hays intitulé Quelle éducation pour les peuples autochtones », Paris : L’Harmattan, 2017.

Bien que de nombreux mécanismes internationaux soient censés garantir un droit à l’éducation pour chacun, cet ouvrage montre que les peuples autochtones sont partout en
lutte pour trouver une place et une voix dans les systèmes éducatifs qui sont dessinés par
les institutions dominantes pour les populations majoritaires. Certes l’éducation formelle peut donner accès aux compétences requises pour faire partie d’une société, travailler et
participer à l’espace public, mais cette éducation-là est aussi associée à la disparition des
cultures et des langues autochtones comme à la désuétude des savoirs traditionnels.
L’éducation représente ainsi un immense paradoxe.
Partout dans le monde, les peuples autochtones se sont mis à réfléchir à l’éducation qu’ils
souhaitent pour leurs enfants et à produire des savoirs sur leur propre société. Ils mettent en place des écoles et des centres d’apprentissage à l’intérieur des communautés résidentielles.
Ils proposent des approches alternatives à l’éducation nationale et s’appuient sur les langues maternelles, sur les cultures locales. Ils mobilisent des stratégies autonomes de transmission des savoirs et promeuvent leurs systèmes de valeurs. Quel type d’approche produit les meilleurs résultats pour les peuples autochtones ?

  • Owners of Learning : le lien entre éducation et autodétermination chez les chasseurs cueilleurs autochtones, en Afrique australe – Jennifer Hays, UIT, Université arctique de Norvège

Jennifer Hays présentera le livre qu’elle a consacré au Village Schools’ des Nyae Nyae, et
récemment publié. En s’appuyant sur près de 20 ans de travail et de recherche en Afrique
australe sur l’éducation autochtone, Hays décrit les défis auxquels sont confrontés les Nyae Nyae Ju|’hoansi et leurs « écoles de village » en Namibie. La situation de ces institutions qui représentent pour les communautés San un effort d’éducation en langue maternelle sera mise en perspective dans le contexte plus large des San en Afrique australe. L’auteure analysera comment, malgré d’énormes défis, la communauté Nyae Nyae continue de faire des choix éducatifs stratégiques fondés sur des options de subsistance réalistes. Elle nous proposera de réfléchir sur le type d’éducation susceptible de rapprocher les communautés des chasseurs-cueilleurs, comme les Ju|’hoansi et d’autres groupes San, de l’idéal de « l’auto-détermination » dans le monde moderne.
Plus d’informations sur le livre : ici

  • Limites et défis de l’éducation interculturelle bilingue en Amérique latine – Emmanuelle Ricaud (IIAC/LAIOS)

À partir des analyses et réflexions de Luis Enrique López et de Sheila Aikman issues de
l’ouvrage « Quelle éducation pour les peuples autochtones ? » et d’un travail de terrain
réalisé en Amazonie péruvienne (2010-2016), cette communication présentera les
particularités de l’éducation interculturelle bilingue en Amérique latine et les défis qu’elle
suppose en termes d’enjeux politiques et de modalités de mise en oeuvre. Malgré des
avancées légales et rhétoriques notoires au regard de l’éducation des peuples autochtones,
dans cette région, et la mise en place de dispositifs éducatifs interculturels les États-nations constituent, selon López, un obstacle majeur à l’éducation interculturelle bilingue qui y est promue, en raison d’une vision hégémonique de l’existence orientée vers le développement économique. Pour y remédier, il suggère une refonte structurelle de l’État-nation latinoaméricain tel qu’il existe aujourd’hui – y compris bolivien et équatorien – et l’adoption d’une nouvelle épistémologie du développement. Par ailleurs, en s’appuyant sur une étude qu’elle a menée auprès des Arakmbut, en Amazonie péruvienne, Sheila Aikman souligne la nécessité de la participation des peuples autochtones à la prise de décision pour ce qui concerne leur éducation – au sens large – face à l’interprétation restrictive et idéologique de l’éducation interculturelle bilingue par les institutions étatiques. Ces travaux nous inspirent des pistes de réflexion quant à l’avenir de l’éducation des peuples autochtones en Amérique du sud.

  • Éducations autochtones contemporaines- Marie Salaün (Université René Descartes Paris) et Bruno Baronnet (Universidad Veracruzana, Mexique)

Le dossier du numéro 15 des Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs intitulé
« Éducations autochtones contemporaines » réunit 9 contributions empiriquement situées qui interrogent les déclinaisons locales de la mise en oeuvre des grands principes du droit
international dans le champ de l’éducation autochtone (au Canada, en Equateur, au Mexique, en Guyane, à Hawaii, en Nouvelle-Calédonie, au Brésil, au Pérou, en Namibie). Les textes proposent, d’une part, des approches compréhensives et critiques d’un certain nombre d’expériences contemporaines en partant des conditions historiques de l’évolution des politiques indigénistes menées par les États au siècle passé dans le but de scolariser
l’ensemble des enfants autochtones pour les « civiliser » et les assimiler dans des sociétés
nationales dans lesquelles ils font encore souvent figure de citoyens de seconde zone. Ils
proposent, d’autre part, des éclairages particuliers pour comprendre la complexité des
relations entre les peuples autochtones et les communautés nationales dans lesquelles ils
ont été enfermés par le processus colonial. À la différence de la plupart des études
commanditées par les bailleurs de fonds pour répondre à leur besoin d’une évaluation des
performances des systèmes locaux, les travaux présentés dans ce dossier ré-enchâssent les
questions scolaires dans des déterminations plus globales, qu’il s’agisse des problèmes
structurels qu’affrontent au quotidien les peuples autochtones dans le champ de
l’enseignement ou de leur rapport aux différents types de savoirs qu’ils doivent désormais
maîtriser.

Prochaines séances :
16 mai 2017 (séance supplémentaire organisée avec le laboratoire MESO, salle à confirmer) :
« La lucha territorial de los Mayas del sur de Belice », présentation par Anita Tzec, Leiden
University

8 juin 2017 (supplémentaire) : Les droits des peuples autochtones. Des Nations unies aux sociétés locales (salle 8, 105 bvd. Raspail).

> Présentation de l’ouvrage par Irène Bellier (CNRS/SOGIP), Leslie Cloud (SOGIP), Laurent Lacroix (SOGIP)

Présentation générale du séminaire
À la suite des travaux réalisés par l’équipe SOGIP (ERC 249 236, 
LAIOS) qui, pendant 5 ans a examiné les perspectives ouvertes par 
l’adoption, en 2007, de la Déclaration des Nations unies sur les 
droits des peuples autochtones (DDPA), nous poursuivons la réflexion 
sur les articulations entre « questions autochtones » et « processus 
globaux ». Nous nous intéressons aux acteurs politiques autochtones, 
à leurs prises de position dans différents scénarios de la 
gouvernance mondiale, ainsi qu’aux situations localisées révélatrices 
de l’impact des méga-agents du changement (sociétés transnationales, 
extractives). Les années précédentes, nous avons exploré de manière 
comparative,et à partir d’études de cas contextualisées, les 
questions de reconnaissance légale, de développement et de 
territorialité, d’éducation, de citoyenneté et de participation 
politique, parce qu’elles posent les sujets autochtones dans leurs 
relations à l’État et aux institutions internationales.
Nous avons abordé certains enjeux d’importance en matière de droits 
des peuples autochtones pour comprendre leurs demandes et parfois 
leurs positions de négociation, par exemple en matière de 
patrimonialisation et de propriété intellectuelle, de genre, de 
justice, de changement climatique et de développement durable. 
Grâce à une approche pluridisciplinaire, les analyses montrent que 
les questions de droits de peuples autochtones ne portent pas 
seulement sur des enjeux spécifiques : elles définissent un horizon 
de réflexion sur les conditions de possibilités de se gouverner 
soi-même et sur les frontières de l’autonomie.
2e jeudi du mois de 9 h à 13 h (salle du Conseil A, R-1, bât. 
Le France, 190 av de France 75013 Paris), du 10 novembre 2016 
au 11 mai 2017. Les séances des 8 décembre 2016 et 9 mars 2017 
se dérouleront en salle 015 (même adresse). Séance supplémentaire 
le 30 mars 2017 (salle du conseil A, bât. Le France)

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