L’IRD accusé de piller les savoirs traditionnels des peuples autochtones

Un institut français accusé de « piller » les savoirs traditionnels

LE MONDE | 01.02.2016

L’affaire est à la fois sensible et exemplaire, parce qu’elle met en cause un organisme public, l’Institut de recherche pour le développement (IRD), et qu’elle illustre la question de l’exploitation des savoirs ancestraux et des ressources biologiques puisés chez les peuples autochtones par des firmes pharmaceutiques ou cosmétiques. C’est là l’un des enjeux de la future loi sur la biodiversité que les sénateurs ont adoptée, mardi 26 janvier.

Les faits ont été dénoncés par la Fondation France Libertés-Danielle Mitterrand qui traque depuis une dizaine d’années les pratiques de biopiraterie. Elle affirme que le brevet délivré en mars 2015 à l’IRD sur une molécule issue d’un petit arbre tropical, le Quassia amara, est un cas d’école. « C’est un exemple caractérisé d’accaparement, une injustice flagrante à l’égard des peuples autochtones de Guyane », estime Emmanuel Poilâne, le directeur de France Libertés. La fondation a fait opposition auprès de l’Office européen des brevets.

Les feuilles de Quassia amara ont des propriétés insecticides et des vertus médicinales bien connues en Amérique latine, où elles sont en particulier utilisées pour traiter des accès de paludisme. Les chercheurs de l’IRD en ont isolé une molécule, la simalikalactone E (SkE), qu’ils destinent à enrichir la pharmacopée antipaludique. Mais avant de se concentrer sur cette plante, ils ont auparavant interrogé des communautés Kali’na, Palikur et des créoles en Guyane, pour connaître leurs remèdes traditionnels, leur technique, leurs effets.

Cette enquête ethnobotanique n’a rien de secret : l’équipe d’ethnopharmaciens et de biologistes l’a racontée dans plusieurs articles scientifiques. Ce travail lui a d’ailleurs valu d’être récompensée par leur institution du Prix de l’innovation pour le Sud en 2013. France Libertés reproche à l’IRD de ne pas avoir demandé leur consentement aux communautés qui l’ont aiguillé sur le Quassia amara et de ne pas avoir cherché à les associer à cette découverte d’une façon ou d’une autre.

« Absence totale d’éthique »

« Nous soutenons que dans le cas de la SkE, l’invention revendiquée n’est pas nouvelle car les chercheurs ont reproduit un savoir transmis de génération en génération », résume Emmanuel Poilâne. « L’utilisation abusive des connaissances traditionnelles des populations sans leur consentement préalable, ainsi que l’absence totale de retour pour le territoire ne peuvent plus être tolérés », a réagi comme en écho Rodolphe Alexandre (divers gauche), le président de la collectivité territoriale de Guyane. Mardi 26 janvier, dans un communiqué, il dit avoir appris « avec grand étonnement », le dépôt d’un brevet sur une « espèce typique de la pharmacopée traditionnelle locale » et dénonce « l’absence totale d’éthique de la part de ces chercheurs ». Il cite en exemple de pratiques vertueuses d’autres recherches sur des plantes menées dans le cadre d’un partenariat entre le CNRS, l’Institut Pasteur, l’université de Guyane et l’agence régionale de développement économique.

Pour l’IRD, qui compte 2 000 collaborateurs – dont plus de 800 chercheurs –, travaillant depuis plus de soixante ans principalement en Afrique, Méditerranée, Amérique latine, Asie et dans l’outre-mer tropical français, les accusations sont lourdes. « On nous fait un mauvais procès ! », s’emporte Jean-Paul Moatti, président-directeur général de cet établissement public. « Cette affaire est grave, car elle revient à freiner la recherche, alors que nous sommes confrontés à une course de vitesse pour trouver de nouvelles molécules antipaludiques tandis que les souches de moustiques développent des résistances, dénonce-t-il. Pour avancer, nous n’avons pas d’autre choix que de déposer des brevets. Evidemment, s’il y a un jour une exploitation en partenariat avec un laboratoire pharmaceutique, nous prendrons soin d’exiger que les populations du Sud dans leur ensemble bénéficient de prix adaptés. »

« Une vingtaine de brevets suspects »

Voilà pour une éventuelle commercialisation, mais qu’en est-il de la phase préalable de partage des connaissances ? Jean-Paul Moatti rappelle qu’il n’existait ni notion de communauté autochtone ni cadre défini pour obtenir leur consentement au moment de l’enquête de terrain, en 2003. Cela devrait changer. En effet, le projet de loi sur la biodiversité prévoit que la France ratifie prochainement le protocole de Nagoya. Cet accord international sur l’accès aux ressources génétiques et sur « le partage juste et équitable des avantages » n’est pas une nouveauté : il découle d’un engagement pris au moment du Sommet de la Terre à Rio en 1992, sous l’égide des Nations unies. La France l’a signé en 2011, mais pas encore ratifié. Dès lors que cela sera fait, d’autres règles déontologiques devront être établies, l’IRD y est-il prêt ? « Nous les mettrons bien sûr en œuvre dès que la loi sera votée et nous partagerons les éventuelles retombées économiques de cette innovation », assure-t-il.

Selon Thomas Burelli, docteur en droit à l’université d’Ottawa, la recherche publique française, oublieuse des connaissances partagées sur le terrain une fois passée la porte des labos, ne fait pas preuve de la meilleure bonne volonté dans ce domaine. Le juriste avait déjà épinglé les pratiques de l’IRD en Nouvelle-Calédonie.

Martine Valo.

source : Le Monde

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Séminaire SOGIP, 11 février 2016 : 10h : Conférence exceptionnelle de Samir Amin, L’économie politique de l’Afrique dans la mondialisation contemporaine : désintégration des sociétés rurales et accaparement des terres

Séance 6 – jeudi 11 février 2016 : 10h : Conférence exceptionnelle de Samir Amin,
L’économie politique de l’Afrique dans la mondialisation contemporaine : désintégration des sociétés rurales et accaparement des terres

De 10 h à 13 h  : salle du Conseil A, R-1,
bât. Le France, 190 av de France 75013 Paris

samir_vignetteSamir Amin, intellectuel engagé, diplômé en sciences politiques, en statistiques et professeur agrégé de sciences économiques, auteur de plus de 50 ouvrages, s’est fait connaître par sa théorie du développement inégal, différenciant les centres du capitalisme, maitres des systèmes de production, et les périphéries dominées, lieux d’extraction des matières premières et de surexploitation du travail. Après avoir étudié les formes précapitalistes des pays colonisés, réfléchi à un autre type de développement, théorisé sur l’alter-mondialisme, étudié les questions de classe, de nation, d’ethnie, de la paysannerie, sa conférence dans le cadre du séminaire SOGIP consacré aux droits des peuples autochtones permettra de lier les transformations contemporaines de l’Afrique, les problématiques de l’accaparement des terres et les enjeux globaux auxquels se confrontent les petites sociétés qui se retrouvent dans cette catégorie politique relationnelle de « peuples autochtones » laquelle permet leur reconnaissance internationale comme sujets de droit. La question de la terre, et de ses usages, ainsi que les nouveaux visages d’un capitalisme de prédation seront au cœur de la conférence ouverte à un large public

Séminaire coordonné par :

Irène Bellier, Directrice de Recherche au CNRS, IIAC-LAIOS, Verónica González González, postdoctorante SOGIP (IIAC-LAIOS) avec Martin Préaud, postdoctorant SOGIP (IIAC-LAIOS).

Ce séminaire s’appuie sur une recherche financée, depuis 2010, par le Conseil européen de la recherche, dans le cadre du 7e programme cadre (FP7/2007-2013 Grant Agreement ERC n° 249236).

2e jeudi du mois de 9 h à 13 h (salle du Conseil A, R-1, bât. Le France, 190 av de France 75013 Paris), du 12 novembre 2015 au 10 mars 2016. La séance inaugurale aura lieu le lundi 12 octobre, de 14h à 18h (salle du conseil A, même adresse). Ouvert à tous.

Présentation générale du séminaire : Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones – années 2015-2016

Nous poursuivrons cette année le séminaire de l’équipe SOGIP (ERC 249 236, IIAC-LAIOS) qui, depuis quatre ans, examine les perspectives ouvertes par l’adoption en 2007 de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DDPA). L’objet du séminaire vise à relier la réflexion sur les questions autochtones aux processus globaux. Comment les acteurs politiques autochtones prennent-ils pied dans la gouvernance mondiale en regard des situations concrètes où les sociétés et cultures qu’ils représentent expérimentent des formes de changement accélérées, parfois volontaires, souvent forcées ? Les années précédentes, nous avons exploré de manière comparative, et à partir d’études de cas contextualisées, les questions de reconnaissance légale, de développement et de territorialité, d’éducation, de citoyenneté et de participation politique qui posent les sujets autochtones dans leurs relations à l’État et aux institutions internationales. Cette année, nous aborderons les enjeux de la patrimonialisation et de la propriété intellectuelle, les questions de genre et de justice, ainsi que le positionnement des peuples autochtones par rapport aux débats globaux, tels que ceux liés au changement climatique et aux objectifs du développement durable. Les analyses portées par une approche pluridisciplinaire montrent que les questions de droits de peuples autochtones ne portent pas seulement sur des enjeux spécifiques : elles définissent un horizon de réflexion sur les conditions de possibilités de se gouverner soi-même et sur les frontières de l’autonomie.

PROCHAINES SEANCES

10 mars 2016 : Les enjeux de la justice
avec Maria Teresa Sierra, professeur et chercheuse en sociologie, CIESAS, Mexique
Ghislain Otis, professeur titulaire de la chaire de recherche du Canada sur la diversité juridique et les peuples autochtones
et Martin Préaud, SOGIP

Sur les séminaires SOGIP : http://www.sogip.ehess.fr/spip.php?article620&lang=fr

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Lundi 1er février, 17h30 à Paris: projection du film documentaire « Gran Chaco »

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Invitation à la projection du film-documentaire « Gran Chaco », le lundi 1 février, à l’Institut de Géographie.

« Gran Chaco« , tourné en Argentine en 2014, montre la manière dont les populations indigènes qui habitent les forêts au Nord du pays sont affectées par l’avancée du front pionnier et la déforestation qui en découle. Ainsi, par une approche ethnographique, « Gran Chaco » cherche à illustrer les conflits socio-environnementaux qui se multiplient dans la région ces dernières années.

La projection sera introduite par Alberto Preci, doctorant à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, travaillant sur ces thématiques, et suivie par un débat avec l’intervention via skype du réalisateur Lucas Van Esso (en espagnol, avec traduction pour les non-hispanophones).

La projection est ouverte à tous. Toute personne s’intéressant à la question, désireuse de poser des questions au réalisateur et de partager ses réflexions sera la bienvenue.

La projection aura lieu le lundi 1 février, à 17h30, à l’Institut de Géographie (191, rue Saint Jacques, 75005), en salle 316. Dans le cadre du plan Vigipirate, il sera nécessaire de présenter à l’entrée une pièce d’identité ou d’une carte d’étudiant.

Pour ceux qui désirent en savoir plus, http://granchacolapelicula.com.ar.

Le film passera en V.O. avec sous-titres anglais.

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LandMark – Plateforme Globale des Territoires Autochtones et Communautaires

Les 13 membres du comité de pilotage de la plateforme LandMark que le WAIPT (World Atlas of Indigenous Peoples’ Territories – projet issue d’une collaboration entre le CNRS, l’ONG Survival International (antenne française), et l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, avec le soutien de la région Ile-de-France) annoncent le lancement de :

LandMark – Plateforme Globale des Territoires Autochtones et Communautaires

http://www.landmarkmap.org

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LandMark est la première plateforme interactive rassemblant des cartes et autres informations cruciales sur les territoires des peuples autochtones et communautés locales du monde, afin de contribuer à la sécurisation et à la reconnaissance de leurs droits fonciers. La plateforme offre des informations à l’échelle de ces territoires comme à l’échelle nationale, permettant une comparaison de la situation des terres et ressources autochtones et communautaires au sein des pays comme entre les différents Etats.

Un lancement simultané aura lieu le 10 Novembre prochain à Lima, Pérou (organisé par l’Instituto del Bien Común – IBC) et à Washington D.C, Etats-Unis (organisé conjointement par Rights and Resources Initiative -RRI- et le World Resources Institute -WRI).

Vous pouvez suivre la cérémonie de lancement ayant lieu à Washington D.C., retransmise en anglais sur Internet de 15h30 à 17h (heure française). Vous trouverez un lien vers la diffusion en streaming à l’adresse suivante : http://www.wri.org/events/2015/11/launch-landmark-global- platform-indigenous-and-community.

Cette conférence explorera les problématiques principales affectant les territoires autochtones et communautaires du monde, et montrera comment LandMark peut contribuer à sensibiliser sur la question, interpeller les acteurs clés, et appuyer les peuples autochtones et communautés dans la protection de leurs droits à la terre et aux ressources.

Pour tout question, contacter Fabrice Dubertret, principal opérateur du WAIPT à fabrice.dubertret@etud.sorbonne-nouvelle.fr.

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La Cour suprême de justice du Mexique invalide la loi électorale autochtone d’Oaxaca/Suprema Corte de Justicia de la Nación invalida ley electoral indígena de Oaxaca

Plusieurs partis politiques ont fait remarquer que les communautés autochtones de l’état fédéré n’ont pas été consultées pour la création de cette législation.

Après avoir examiné les conditions de participation des communautés autochtones dans l’élaboration de la Loi de systèmes électoraux autochtones pour l’état d’Oaxaca, la Cour a décidé à l’unanimité d’invalider l’ensemble de cette loi.

Après la promulgation de la loi, plusieurs partis politiques ont signalé que les communautés autochtones de l’état n’ont pas été consultées dans le cadre de la création de la loi, ce qui viole l’article 2 de la Constitution.

Lire la note en espagnol : http://www.excelsior.com.mx/nacional/2015/10/19/1052115

http://www.jornada.unam.mx/2015/10/20/politica/013n1pol

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Diversos partidos políticos hicieron ver que las comunidades originarias del estado, no fueron consultadas para la creación de dicha legislación

Por unanimidad y tras considerar que las comunidades indígenas no fueron tomadas en cuenta para su elaboración, la Suprema Corte de Justicia de la Nación (SCJN) invalidó la totalidad de la Ley de Sistemas Electorales Indígenas para el Estado de Oaxaca.

Y es que, una vez promulgada, diversos partidos políticos hicieron ver que las comunidades originarias del estado, no fueron consultadas para la creación de dicha legislación, lo que contraviene con el artículo segundo constitucional.

Para leer la información en español: http://www.excelsior.com.mx/nacional/2015/10/19/1052115

http://www.jornada.unam.mx/2015/10/20/politica/013n1pol

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Séminaire SOGIP « Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones 2015-2016 » -Séance 2 : 12 novembre 2015 : Femmes autochtones, gouvernance internationale et luttes politiques

Séance 2 : 12 novembre 2015 : Femmes autochtones, gouvernance internationale et luttes politiques

Séminaire coordonné par :

Irène Bellier, Directrice de Recherche au CNRS, IIAC-LAIOS, Verónica González González, postdoctorante SOGIP (IIAC-LAIOS) et Martin Préaud, postdoctorant SOGIP (IIAC-LAIOS).

Ce séminaire s’appuie sur une recherche financée, depuis 2010, par le Conseil européen de la recherche, dans le cadre du 7e programme cadre (FP7/2007-2013 Grant Agreement ERC n° 249236).

2e jeudi du mois de 9 h à 13 h (salle du Conseil A, R-1, bât. Le France, 190 av de France 75013 Paris), du 12 novembre 2015 au 10 mars 2016. La séance inaugurale aura lieu le lundi 12 octobre, de 14h à 18h (salle du conseil A, même adresse). Ouvert à tous.

Présentation générale du séminaire : Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones – années 2015-2016

Nous poursuivrons cette année le séminaire de l’équipe SOGIP (ERC 249 236, IIAC-LAIOS) qui, depuis quatre ans, examine les perspectives ouvertes par l’adoption en 2007 de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DDPA). L’objet du séminaire vise à relier la réflexion sur les questions autochtones aux processus globaux. Comment les acteurs politiques autochtones prennent-ils pied dans la gouvernance mondiale en regard des situations concrètes où les sociétés et cultures qu’ils représentent expérimentent des formes de changement accélérées, parfois volontaires, souvent forcées ? Les années précédentes, nous avons exploré de manière comparative, et à partir d’études de cas contextualisées, les questions de reconnaissance légale, de développement et de territorialité, d’éducation, de citoyenneté et de participation politique qui posent les sujets autochtones dans leurs relations à l’État et aux institutions internationales. Cette année, nous aborderons les enjeux de la patrimonialisation et de la propriété intellectuelle, les questions de genre et de justice, ainsi que le positionnement des peuples autochtones par rapport aux débats globaux, tels que ceux liés au changement climatique et aux objectifs du développement durable. Les analyses portées par une approche pluridisciplinaire montrent que les questions de droits de peuples autochtones ne portent pas seulement sur des enjeux spécifiques : elles définissent un horizon de réflexion sur les conditions de possibilités de se gouverner soi-même et sur les frontières de l’autonomie.

Séance 2 – Jeudi 12 novembre 2015 : Femmes autochtones, gouvernance internationale et luttes politiques

De 9h à 13h, EHESS, salle du Conseil A, bâtiment Le France, 190 avenue de France, 75013 Paris

Séance coordonnée par : Irène Bellier, Directrice de Recherche au CNRS, IIAC-LAIOS et Verónica González González, postdoctorante SOGIP (IIAC-LAIOS)

 Séance 2 – Intervenants 

Nadège Chell, doctorante, IIAC/LAIOS, Présidente de l’ONG RESO-Femmes International

Coro J-A Juanena, Professeure et coordinatrice du Centre d’études postcoloniales (KOIZ, Bilbao), Chercheure du Groupe d’Etudes Africaines de l’Université Autonome de Madrid (présentation en espagnol)

Anna Schmitt, doctorante IIAC/LAIOS

Séance 2 – Présentation

Cette séance aura comme objectif d’analyser les enjeux de subjectivation des femmes dans leur participation à la « gouvernance globale ». Particulièrement soutenue par l’ONU, la mobilisation des femmes provenant de toutes les régions du monde repose en général sur la création d’organisations qui, par l’articulation de plusieurs échelles et par la construction d’une identité, ont permis de créer « une voix » dont les femmes se servent pour dénoncer les discriminations et pour participer dans le champ politique international.

Les présentations des intervenantes permettront de creuser les problématiques créées par « l’intersectionnalité », ou le croisement de catégories et d’identités socio-politiques que les femmes contribuent à définir. Se trouvant au carrefour de mobilisations pour les droits universels des femmes et de mobilisations s’appuyant sur des subjectivités locales, les femmes africaines et les femmes autochtones sont face à des problématiques spécifiques dans le cadre de leur participation politique dans les espaces internationaux. Les présentations mettront en évidence la sensibilité du champ international pour répondre aux revendications de sujets appartenant à plusieurs identités vulnérables. Elles montreront aussi les limites du champ international pour assumer la complexité et la dynamique des rapports sociaux et politiques qui se trouvent derrière ces identités.

 Séance 2 – Résumés

Les « leaders politiques intermédiaires et médiateurs » de RESO-Femmes International. Regard anthropologique et impliqué sur les projets relatifs à la participation politique et à l’autonomisation des femmes en Afrique

Nadège Chell

La présentation se centrera sur les processus de participation de leaders politiques féminins qui opèrent dans les formes diverses de la gouvernementalité néo-libérale tout en suivant des formes régionales. Les premières correspondent à un plan visant l’autonomisation des femmes, les secondes suscitent des résistances politiques aux modèles homogénéisant du genre, ainsi que des modes de subjectivation inédites. Elle montrera comment à partir d’un engagement dans l’ONG RESO-Femmes International, ont été identifiés des groupes politiques de leaders qui, dans le cadre d’une logique biopolitique du gouvernement de la vie, apportent des réponses concrètes aux réformes attendues par le dispositif onusien, liées en particulier au plan d’action planétaire. La communication comment l’organisation, dans son mode de fonctionnement et notamment par la réunion des « leaders intermédiaires et des médiateurs », par ses articulations en réseau et son rôle aux Nations unies, aide à construire des alternatives d’appartenance qui dépassent celle d’une communauté locale autochtone et territoriale : les femmes s’investissent de plus en plus dans les espaces transnationaux et utilisent le concept et les pratiques de l’empowerment (domaine de spécialisation de l’ONG). A partir d’une recherche doctorale, il s’agit de comprendre la façon dont les femmes leaders investissent les objectifs généraux et les normes en leur faveur et comment elles se démarquent des économies morales locales/globales en privilégiant l’autonomisation et l’innovation, et en se posant comme de « nouveaux » sujets critiques des limites posées à la reconnaissance des droits universels (« mouvement » spécifique africain).

Amama sare ou « la toile d’araignée » : des femmes qui tissent la résistance, du réseau des réseaux
Coro Jiménez Arellano

Le discours des femmes autochtones est imprégné de concepts et de métaphores sur l’art de la filature, une compétence partagée par des femmes autochtones de différentes cultures. La possibilité de créer un nouveau « vêtement », produit du travail collectif, est un outil métaphorique puissant qui explique l’interprétation du pouvoir que porte ce groupe social. Une interprétation très différente de celle que, jusqu’à maintenant, a été mobilisée par la société patriarcale occidentale. Le concept de la microphysique du pouvoir proposé par Michel Foucault est peut-être celui qui nous permet le mieux de comprendre les dynamiques de ce groupe social, avec qui nous avons travaillé aux Nations unies. Nous utiliserons ce concept, ainsi que d’autres apportés par la philosophie et la théorie sociale, pour comprendre les processus de construction identitaire et de participation collective des femmes autochtones à l’échelle internationale. Nous analyserons également leurs relations avec d’autres acteurs globaux opérant dans les instances internationales.

La défense des droits sexuels et reproductifs des femmes autochtones sur la scène onusienne
Anna Schmitt

La Colombie a adopté, en 1991, une nouvelle Constitution inscrivant d’une part, le caractère multiculturel de la nation et d’autre part, l’égalité des femmes et des hommes. Ce faisant, elle tend à produire un cloisonnement entre les catégories sociales qui défavorise substantiellement l’exercice de leurs droits par les citoyennes autochtones. Afin de remédier à ce hiatus législatif, une association locale de défense des droits humains des femmes autochtones a proposé, en 2012, de renforcer l’alliance entre les femmes autochtones du pays afin de réaliser un plaidoyer devant le Comité des Nations unies pour l’élimination des discriminations envers les femmes (CoEDEF). Durant cette action collective, les femmes autochtones s’efforcent d’élever leurs droits sexuels et reproductifs au rang de sujet d’intérêts communs dont le respect nécessite une intervention gouvernementale. L’intervention sera centrée sur l’enjeu de cette saisine et de ses effets d’une part, sur la construction d’un positionnement politique commun des femmes autochtones de Colombie, d’autre part, et sur la réception du contre rapport à celui de l’Etat colombien qu’ont réalisé les expertes du CoEDEF.

PROCHAINES SEANCES (en cours de confirmation)

10 décembre : peuples autochtones et changement climatique : table ronde autour de la COP 21
14 janvier : peuples autochtones, foncier et accaparement de terres
11 février : patrimonialisation et enjeux de pouvoir
10 mars : la justice dans tous ses états

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Article : « Peuples autochtones. La fabrique onusienne d’une identité symbolique »

Irène Bellier et Veronica González-González, « Peuples autochtones. La fabrique onusienne d’une identité symbolique », Mots. Les langages du politique, ENS Editions, 108 | 2015.

RESUME DE L’ARTICLE

Cet article vise à décrire le processus de production de symboles que l’ONU a avalisé dans le domaine des peuples autochtones, ainsi que les termes de leur reconnaissance et de leur circulation dans le champ des institutions internationales. Nous démontrons, sur la base de nos recherches en anthropologie politique, conduites aux Nations unies depuis 2001, que la construction d’un espace politique pour les peuples autochtones dans le système international s’appuie sur des pratiques symboliques et linguistiques qui visent à poser les termes de nouveaux paradigmes politiques. En nous appuyant sur une approche constructiviste sociale, nous montrons également certaines tensions impliquées par l’usage de ces symboles, lesquelles témoignent des limites de l’alliance entre l’ONU et les peuples autochtones.‪

This article aims to describe the production process of the symbols that have been adopted by the United Nations in the field of Indigenous Peoples, and the conditions that fostered the recognition of these symbols and their circulation in the field of international institutions. Based on our political anthropology research, conducted since 2001 at the United Nations, we demonstrate that the construction of a political space for indigenous peoples in the international system has relied upon the exercise of symbolic and linguistic practices. These practices have also established the conditions for the adoption of a new political paradigm. Based on a social constructivist approach, we also analyse some of the tensions that are involved in the use of these symbols, and how these tensions create some limitations to the partnership between the United nations and indigenous peoples.

Este artículo tiene como objetivo describir el proceso de producción de los símbolos que han sido adoptados por las Naciones Unidas en el ámbito de los pueblos indígenas, así como las condiciones que permitieron a dichos símbolos ser reconocidos y circular en el campo de las instituciones interna cionales. Sobre la base de nuestra investigación en antropología política, llevada a cabo en las Naciones Unidas desde 2001, demostramos que la construcción de un espacio político para los pueblos indígenas en el sistema internacional se ha basado sobre el ejercicio de prácticas simbólicas y lingüísticas, las cuales han establecido a su vez los términos de un nuevo paradigma político en lo que concierne a los pueblos indígenas. Sobre la base de un enfoque constructivista social, también señalamos algunas de las tensiones que implican el uso de estos símbolos, y cómo testimonian de los límites de la alianza entre las Naciones Unidas y los pueblos indígenas.

PRESENTATION DU NUMERO

Le repérage, la description ou l’établissement des thématiques des discours étudiés sont toujours un objectif important pour les analystes qui s’affrontent au langage politique : description du contenu des programmes électoraux des partis, établissement de l’agenda-setting des organes de presse, mise au jour de la structuration sémantique des discours de grands leaders, etc.

Au travers de cinq articles, le dossier propose un parcours méthodologique dans les protocoles existants pour extraire et établir les thèmes de plusieurs corpus politiques. Particulièrement, Mots. Les langages du politique accorde dans ce dossier une part importante aux méthodes lexicométriques telles qu’elles se développent en 2015 dans le prolongement des travaux originels de la revue au début des années quatre-vingt.

Les thèmes et les corpus que les auteurs travaillent dans ce dossier sont variés : thématiques du discours électoral à la députation sous la Cinquième République dans une perspective genrée, programmes électoraux contemporains en Belgique, agenda de la presse quotidienne régionale française, débats parlementaires et présidentiels.

TABLE DES MATIERES

Sous la direction de Mahé Ben Hamed et Damon Mayaffre
• Mahé Ben Hamed et Damon Mayaffre
Les thèmes du discours. Du concept à la méthode [Texte intégral]
• Magali Guaresi
Les thèmes dans le discours électoral de candidature à la députation sous la Cinquième République. Perspective de genre (1958-2007)
Key electoral issues in parliamentary campaign discourse under the Fifth Republic. A gender approach (1958-2007)
Los temas dentro de los discursos electorales de la candidatura a diputado bajo la Quinta República. Perspectivas desde el género (1958-2007)
• Emmanuel Marty
Les élections municipales au miroir de la presse quotidienne régionale. Des cadres médiatiques aux thématiques politiques
The municipal elections through the mirror of the regional daily press. From media frameworks to political thematics
Las elecciones municipales dentro de la mirada de la prensa quotidiana regional. Desde los marcos mediáticos a las temáticas políticas
• Pierre Ratinaud et Pascal Marchand
Des mondes lexicaux aux représentations sociales. Une première approche des thématiques dans les débats à l’Assemblée nationale (1998-2014)
From lexical scopes to social representations. A preliminary thematic approach to the National Assembly debates (1998-2014)
Desde los mundos lexicales a las representaciones sociales. Una primera aproximación de las temáticas en los debates en la Asamblea nacional (1998-2014)
• Grégory Piet, Régis Dandoy et Jeroen Joly
Comprendre le contenu des programmes électoraux. Comparaison des méthodes d’encodage manuel et automatique
Understanding the content of electoral manifestoes. A comparison of manual and automatic encoding
Entender el contenido de los programas electorales : un comparativo entre los métodos de codificación manual y automática
• Fabienne H. Baider
Évaluation de la présidentiabilité (à l’interface de la sémantique lexicale et de la linguistique de corpus)
Assessing présidentiabilité (at the interface point of lexical semantics to corpus linguistics)
Evaluación de la présidentiabilité (el interfaz entre la semántica lexical y la linguística de corpus)
• Varia
• Irène Bellier et Veronica González-González
Peuples autochtones. La fabrique onusienne d’une identité symbolique
Indigenous peoples. The construction of a symbolic identity at the United Nations
Pueblos indígenas. La fábrica de una identidad simbólica en las Naciones Unidas
• Entretien
• Claire Oger
« La polémique est un mode de gestion socio-discursif du conflit dans les sociétés démocratiques »
Entretien avec Ruth Amossy, professeur émérite à l’Université de Tel Aviv, 30 avril 2014. Réalisé et transcrit par Claire Oger
• Compte rendu de lecture
• Jacques Guilhaumou
Julien Longhi, Georges-Elia Sarfati éd. (2014). Les discours institutionnels en confrontation. Contribution à l’analyse des discours institutionnels et politiques, Paris : L’Harmattan, 195 pages.

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