Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones-Séance 4, 9 février 2017 de 9h à 13h, EHESS

Nous avons le plaisir de vous inviter à la quatrième séance pour l’année 2016-2017 du séminaire  

Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones 

organisé par Irène Bellier (IIAC/LAIOS) et Veronica Gonzalez (CONACYT/LAIOS)

9 février 2017 de 9h à 13h, salle du Conseil A, bât. Le France, EHESS : 190, av. de France 75013 Paris

sans-titre

Vitrine Asie, Galerie des Continents, Muséum de Rouen / © Muséum de Rouen. Mise en scène par Agus Koecink et Jenny Lee, deux artistes indonésiens

Peuples autochtones, musées et circulation / restitution des objets

Au carrefour entre les processus de formation de la mémoire et les pratiques du quotidien, entre expression artistique et reproduction du sacré, entre mise en valeur de la culture par les acteurs externes aux communautés et production d’un patrimoine populaire capable de créer de la cohésion à l’intérieur d’un groupe, les objets autochtones se trouvant dans les musées incarnent des enjeux fondamentaux qui seront mis en lumière par les présentations que nous écouterons à l’occasion de cette séance.

Ayant circulé dans des réseaux dominés par une géopolitique dictée par les sciences, par les structures économiques et par les grandes collections d’art, ces objets ont subi un double effet d’éloignement par rapport à leur milieu de création: à la fois physique, car ils se trouvent souvent à des milliers de kilomètres de distance, et symbolique, les groupes concernés n’étant la plupart du temps pas associés à l’élaboration des expositions ou à la conception des musées qui les mettent en scène. Des entreprises de récupération de tels objets ont vu le jour depuis plusieurs décennies, souvent sans avoir les résultats souhaités par les peuples autochtones concernés. Aujourd’hui, les demandes de restitution semblent prendre un nouvel élan grâce aux développements politiques favorables aux peuples autochtones et aux évolutions des pratiques dans le champ de l’art et du culturel. Ces changements mettent en question la conception des expressions artistiques, tout en ménageant une place pour que les artistes autochtones puissent prendre part à la présentation de leur art et de leur patrimoine.

Les trois études de cas qui seront présentées dans cette séance permettront d’approfondir les problématiques et les questions concrètes impliquées dans la décolonisation de la circulation artistique et des musées.

Intervenants

– Renato ATHIAS, Professeur d’anthropologie à l’Université de Pernambouc, directeur de NEPE – centre d’analyses des relations inter-ethniques

Sébastien MINCHIN, Directeur Muséum d’histoire naturelle de Rouen, Réunion des Musées Métropolitains

Damiana OTOIU, Maîtresse de conférences en anthropologie politique à la Faculté de Sciences Politiques de l’Université de Bucarest et coordinatrice du projet de recherche Museums and Controversial Collections

Résumés des interventions

Les Amérindiens, la patrimonialisation des objets et les stratégies de renforcement identitaire dans l’actualité brésilienne – Renato Athias

La communication traitera de la notion de patrimonialisation pour un ensemble d’objets ethnographiques qui ont été recueillis chez les Amérindiens du Nord-Ouest Amazonien. Se trouvant aujourd’hui en Europe, ils font toujours partie de la tradition et de la culture vivante des sociétés concernées. L’analyse de ces situations met l’accent sur un enjeu mémoriel et identitaire qui compte dans la relation des peuples autochtones avec l’État. Les objets et le patrimoine culturel constituent en effet le support privilégié de la construction des mémoires collectives, aptes à renforcer des affirmations identitaires dans un contexte de relations interethniques. Nous nous interrogerons sur la place de ce dispositif dans la gouvernance actuelle des questions autochtones au Brésil.

 

Le muséum durable : une éthique de responsabilité vis à vis des peuples autochtonesSébastien Minchin

En engageant la démarche de restitution d’une tête maorie à la Nouvelle-Zélande, le Muséum de Rouen a déclenché une véritable polémique, nécessaire pour engager de vraies réflexions sur le statut juridique, la restitution, la conservation et l’inaliénabilité des restes humains. Elle a aussi mis en exergue la question de nos relations avec les peuples dits autochtones et la façon dont nous considérons leurs revendications. Enfin, elle a permis de redonner au muséum de Rouen le rôle d’acteur dans notre société.

« Il semble que la biologie redevienne le facteur utilisé pour identifier qui est qui… ». Les musées sud-africains et les collections d’anthropologie physique à l’ère génomique – Damiana Otoiu

Depuis la fin du régime d’apartheid, les collections d’anthropologie physique des populations San et Khoekhoe sont au cœur d’une série de demandes de restitution. Il s’agit tant de demandes internationales, formulées par les représentants de l’Etat sud-africain à l’égard des musées européens, que des demandes nationales, formulées par des représentants des populations autochtones à l’égard des laboratoires sud-africains de paléoanthropologie et d’anatomie.
A partir du cas de la dé-muséification de certains restes humains gardés dans des musées et laboratoires français et sud-africains, je me propose d’analyser la (re)construction des normes et politiques muséales de deux perspectives interconnectées : politique et épistémologique. Je m’intéresse tout particulièrement à la place qu’occupe la génomique dans les débats scientifiques et publics autour des collections d’anthropologie physique et à l’usage qu’on en fait pour répondre à des questions qui semblent insolubles et qui deviennent de plus en plus politisées. Par exemple, quels groupes autochtones pourraient être considérés comme des « communautés descendantes » et auraient donc le droit de réclamer le retour des restes humains et de décider l’avenir des restes ?

Présentation générale du séminaire

À la suite des travaux réalisés par l’équipe SOGIP (ERC 249 236, LAIOS) qui, pendant 5 ans a examiné les perspectives ouvertes par l’adoption, en 2007, de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DDPA), nous poursuivons la réflexion sur les articulations entre « questions autochtones » et « processus globaux ». Nous nous intéressons aux acteurs politiques autochtones, à leurs prises de position dans différents scénarios de la gouvernance mondiale, ainsi qu’aux situations localisées révélatrices de l’impact des méga-agents du changement (sociétés transnationales, extractives). Les années précédentes, nous avons exploré de manière comparative, et à partir d’études de cas contextualisées, les questions de reconnaissance légale, de développement et de territorialité, d’éducation, de citoyenneté et de participation politique, parce qu’elles posent les sujets autochtones dans leurs relations à l’État et aux institutions internationales. Nous avons abordé certains enjeux d’importance en matière de droits des peuples autochtones pour comprendre leurs demandes et parfois leurs positions de négociation, par exemple en matière de patrimonialisation et de propriété intellectuelle, de genre, de justice, de changement climatique et de développement durable. Grâce à une approche pluridisciplinaire, les analyses montrent que les questions de droits de peuples autochtones ne portent pas seulement sur des enjeux spécifiques : elles définissent un horizon de réflexion sur les conditions de possibilités de se gouverner soi-même et sur les frontières de l’autonomie.

2e jeudi du mois de 9 h à 13 h (salle du Conseil A, R-1, bât. Le France, 190 av de France 75013 Paris), du 10 novembre 2016 au 11 mai 2017.  Les séances des 8 décembre 2016 et 9 mars 2017 se dérouleront en salle 015 (même adresse). Séance supplémentaire le 30 mars 2017 (salle du conseil A, bât. Le France)

Prochaines séances 

9 mars 2017 : Contrastes contemporains concernant la justice et les peuples autochtones: le déplacement forcé et la Déclaration américaine des droits des peuples autochtones (salle 015)

-Felipe Gómez Isa, professeur de Droit international, Instituto de Derechos Humanos, Universidad de Deusto à Bilbao

-Leandro Varison, enseignant-chercheur LAJP/Sorbonne, Responsable juridique du Programme droits des peuples France Libertés

-Anna Schmit, jeune chercheure associée au IIAC/LAIOS

30 mars 2017 (supplémentaire): Quelle éducation pour les peuples autochtones ?

-Bruno Baronnet, Professeur/chercheur en sociologie, Instituto de Investigaciones en Educación, Universidad Veracruzana (Xalapa, Mexique)

-Irène Bellier, Directrice de recherches en anthropologie (CNRS, IIAC/LAIOS)

-Jennifer Hays, Professeur associée en anthropologie, UIT Université arctique de Norvège

-Marie Salaün, Professeure d’anthropologie, Université René Descartes Paris

8 juin 2017 : Les droits des peuples autochtone en pratique. Etude comparative et multiscalaire (salle 8, 105 bvd. Raspail)

-Irène Bellier (CNRS/SOGIP)

-Leslie Cloud (SOGIP)

-Laurent Lacroix (SOGIP)

Si vous souhaitez recevoir les nouvelles du séminaire et des événements organisés par SOGIP, veuillez envoyer un mail à : ibellier@ehess.fr

Pour plus d’informations sur le groupe de recherche SOGIP et le séminaire consultez http://www.sogip.ehess.fr/

 

 

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Publication SOGIP : Quelle éducation pour les peuples autochtones ?

9782343108636rSous la direction de Irène Bellier et Jennifer Hays
Ed. SOGIP / L’Harmattan, collection Horizons autochtones.
ISBN : 978-2-343-10863-6, 28 €, 296 pages

De nombreux mécanismes internationaux sont censés garantir un droit à l’éducation pour chacun. Cependant, les peuples autochtones sont partout en lutte pour trouver une place et une voix, dans les systèmes éducatifs qui sont dessinés par les institutions dominantes pour les populations majoritaires. Certes l’éducation formelle peut donner accès aux compétences requises pour faire partie d’une société, travailler et participer à l’espace public, mais cette éducation-là est aussi associée à la disparition des cultures et des langues autochtones comme à la désuétude des savoirs traditionnels. L’éducation représente ainsi un immense paradoxe.
Partout dans le monde, les peuples autochtones se sont mis à réfléchir à l’éducation qu’ils souhaitent pour leurs enfants et à produire des savoirs sur leur propre société. Ils mettent en place des écoles et des centres d’apprentissage à l’intérieur des communautés résidentielles. Ils proposent des approches alternatives à l’éducation nationale et s’appuient sur les langues maternelles, sur les cultures locales. Ils mobilisent des stratégies autonomes de transmission des savoirs et promeuvent leurs systèmes de valeurs.
Quel type d’approche produit les meilleurs résultats pour les peuples autochtones ?
Nous ne cherchons pas à mesurer cela en termes de succès à l’école tels que le montrent le taux de fréquentation par les garçons ou les filles, la longueur du cursus ou le nombre de diplômes obtenus. Nous plaçons l’éducation au centre d’un projet plus complet qui prend en compte la question des opportunités économiques comme celles de l’accès aux ressources et de la survie culturelle et linguistique, ou encore celle de la nature des relations au sein de la communauté et avec le reste du monde. Cela nous conduit à demander simplement : comment l’éducation peut-elle mieux préparer les autochtones à exercer leurs droits ?
Dans cet ouvrage, des anthropologues, des praticiens de l’éducation, des leaders autochtones, des politiciens examinent le rôle de l’éducation à l’aune des efforts que fournissent les peuples autochtones pour obtenir une reconnaissance politique, défendre leurs droits fondamentaux et maintenir vivants leurs langues, leurs cultures et leurs systèmes spécialisés de savoirs et de compétences.

Table des matières

Irène Bellier et Jennifer Hays
Éducation, apprentissage et droits des peuples autochtones.
Quels savoirs, quelles compétences et quelles langues transmettre pour un mode de vie durable ?

Première partie – DROITS DES PEUPLES AUTOCHTONES À L’ÉDUCATION
ET EXPÉRIENCES POLITIQUES

Jannie Lasimbang
Comment faire du droit des peuples autochtones à l’éducation une réalité ?
Luis Enrique López
L’éducation des populations autochtones et les droits des peuples autochtones en Amérique latine
Sheila Aikman
L’éducation interculturelle bilingue en Amérique latine dans « l’après 2015 »
Kajsa Kemi Gjerpe
Éducation autochtone en pays sámi (Sápmi)
Tatiana Bulgakova
Le choix entre traditions et modernisation. L’éducation comme moyen de transformer les cultures autochtones en Sibérie
Sidsel Saugestad
La collaboration Nord-Sud entre centres de recherche : expériences comparées, nouvelles attentes
Marie Salaün
École et souveraineté autochtone : une quadrature du cercle pour la République française ?

Deuxième partie – ÉDUCATION AUTOCHTONE, TÉMOIGNAGES – EXPÉRIENCES

Serena Heckler
Penser l’éducation autochtone avec les communautés : le projet Unesco-Links avec le peuple mayangna du Nicaragua
Silvia Lopes Macedo
« Nous allons à l’école pour en savoir plus ! » Un regard sur les projets éducatifs des Wayãpi en Amazonie brésilienne
Jorge Quilaqueo, entretien avec Leslie Cloud
Le regard d’un maci sur l’enseignement chilien et l’éducation traditionnelle mapuche
Pedro Moye Noza
Perspectives sur l’éducation intraculturelle et interculturelle bilingue en Bolivie. Implication d’un représentant de la Cidob et du Ceam
Lorelou Desjardins
L’éducation comme moyen de sauver les forêts tropicales et de garantir les droits des peuples autochtones : l’expérience des « écoles de la jungle » en Indonésie
Asta Mitkijá Balto et Gunilla Johansson
Un processus fondé sur la culture : revitaliser la pédagogie dans les écoles sámi en Suède
Kuela Kiema
« Marcher sur la corde raide de l’éducation ».
Récit d’une rencontre avec l’école publique au Bostwana et réflexions sur l’ONG Bokamoso Educational Trust
Vidar Wie Østlie et Bruce Parcher
Une éducation pour quoi faire ? L’aide norvégienne pour l’éducation autochtone en Namibie

ANNEXES

1. Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones
2. Étude sur les enseignements tirés et les défis à relever pour faire du droit des peuples autochtones à l’éducation une réalité
3. Extraits de la Convention sur les droits de l’enfant : articles relatifs au droit à l’éducation des peuples autochtones
4. Extraits de la Convention 169 de l’OIT : articles relatifs au droit à l’éducation des peuples autochtones

Le livre peut être commandé en ligne sur le site de l’éditeur L’Harmattan (format papier, PDF, e-book) en cliquant ici.

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ÉQUATEUR : répressions armées contre les Communautés Shuar dans la Cordillère du Condor

Faisant suite aux répressions armées contre les Communautés Shuar dans la Cordillère du Condor, la Confédération des Nationalités Indiennes de l’Amazonie Equatorienne. COFENIAE émet une « Déclaration à la communauté nationale et internationale face à la répression armée contre le peuple Shuar« .photosh

« Ce 16 décembre 2016 au matin nous avons été témoins du déplacement de tanks à Puyo vers Morona Santiago.
Nous alertons la communauté nationale et internationale, et nous demandons de nouveau au gouvernement de trouver une solution au conflit né de la vente de nos territoires aux entreprises transnationales engagées dans l’exploitation minière et aggravé par la militarisation de ces territoires ancestraux.
Le gouvernement équatorien sera l’unique responsable des évènements et la vie de nos frères courre de graves dangers.
Nous demandons à l’opinion publique nationale et internationale, aux médias, aux organisations sociales, aux organismes de droits de l’homme et à la communauté nationale et internationale en général de dénoncer les intentions d’un gouvernement qui ne cherche pas à apaiser cette situation mais y répond par l’envoi d’un convoi militaire avec les conséquences imprévisibles que ce geste peut provoquer.
Le fait de profiter de l’état d’urgence pour envoyer des tanks de guerre contre les habitants est un acte inédit, violent, et téméraire qui doit être immédiatement stoppé. Nous exigeons la démilitarisation immédiate de Nankints et nous diffusons mondialement leur appel à l’aide SOSPuebloShuar Conseil de Gouvernement de la Confeniae »

Depuis les années 90, les concessions se multiplient dans la Cordillère du Condor. Elles concernent plus de 200 000 hectares de forêts, lacs et cultures.

Ces concessions ont été effectuées sans consultation et consentement préalable des populations autochtones, les peuples Shuar et Ashuar, et ont été remises aux entreprises de BHP Billinton, un des plus grands groupes miniers du monde. Ces entreprises ont intensifié leurs activités d’exploration à la fin des années 90.

Mais c’est le 5 mars 2012, avec le gouvernement de Rafael Correa que l’Equateur permet l’exploitation minière à grande échelle et signe un accord avec ECSA Ecuacorrientes S. A (filiale de BHP). C’est le premier d’une longue série de projets.

L’accord prévoit l’exploitation de cette concession sur 25 ans.
Le gouvernement a déclaré que sur les 20 milliards de dollars que le projet rapportera, l’État équatorien recevra 5,4 milliards et que l’entreprise qui commencera à produire fin 2016 dépensera 100 millions en projets de « développement communautaire » destinés aux communautés voisines.

Cependant, l’opposition à l’exploitation minière a grandi auprès des communautés Shuar de la Cordillère du Condor.

Absence de tout processus légitime de consultation préalable conduisant au rejet de l’activité minière par les principales organisations Shuar

La consultation préalable s’est faite seulement partiellement, et la distribution inéquitable des compensations a déclenché de nombreux conflits, parfois violents, entre frères, familles et centres Shuar.
Par exemple, à Warints où les explorateurs de gisements ont installé leurs campements et signé un accord concernant la distribution annuelle de compensations monétaires, les familles se sont divisées et disputées.
Les communautés aux alentours se sont opposées à la présence des entreprises minières mais cette opposition n’était pas encore massive ni organisée.
Des conflits similaires ont eu lieu dans les villes et villages entre colons, allant jusqu’à dégénérer en véritables batailles de rue dans la ville de Limón.
Dans cette zone du sud, l’entreprise avait déjà entrepris de développer ses « relations communautaires » avec des petits centres Shuar dispersés entre Gualaquiza et Yantzaza : elle avait par exemple acheté petit à petit les terres des colons de la zone, si bien que l’opposition des colons à l’activité minière n’etant pas radicale, ils se sont cependant unis aux Shuar pour bloquer l’accès à l’armée sur la route Panantza-Nankintz.

Organisation de l’opposition aux projets miniers sur le territoire des Shuar

A partir de 2006, l’opposition aux concessions minières et hydroélectriques dans le sud du pays s’est regroupée dans un mouvement composé de paysans, de dirigeants du parti MPD (Mouvement Populaire Démocratique) et de l’organisation écologistes non gouvernementale Acción Ecológica. Dans le même temps, 45 communautés, dont le territoire contient la quasi totalité de la Cordillère du Condor dans la province de Morona Santiago, se sont organisées et ont constitué le Consejo de Gobierno del Pueblo Shuar Arutam. Ce Conseil fait partie de la Fédération Interprovinciale de Centres Shuar (FISCH), qui compte 100 000 membres et 500 communautés. L’assemblée de la Fédération a exprimé de nombreuses fois son opposition à l’exploitation minière.

L’impact environnemental

L’étude d’impact environnemental a été plusieurs fois modifiée. La version finale a été rejetée par différents scientifiques, en raison notamment de la question des déchets et des graves modifications de l’équilibre aquatique qu’une exploitation à ciel ouvert et de cette ampleur provoquerait. Ces voix dénoncent également le mensonge des projets de compensation, comme par exemple la construction de centrales hydroélectriques, présentées comme l’élément clef du changement de matrice productive en Equateur, alors qu’elles sont presque entièrement destinées à l’activité minière.

La version du gouvernement

Curieusement la version du gouvernement:
– ne parle ni de l’expulsion des familles Shuar de leur territoire ancestral, ni de l’absence de processus satisfaisant de consultation et consentement préalables à la phase d’exploitation du projet minier,
– ne mentionne pas non plus l’intrusion armée et l’usage de la force dans l’opération d’expulsion sans aucun avis préalable ni document officiel autorisant l’évacuation. Les familles Shuar expulsées ont du alors fuir avec leurs biens en quelques minutes seulement.
La demande des organisations shuar

« Les organisations shuar demandent à l’opinion publique nationale et internationale, aux médias, aux organisations sociales, aux organismes de droits de l’homme et à la communauté nationale et internationale en général de dénoncer les intentions d’un gouvernement qui ne cherche pas à apaiser cette situation mais y répond par l’envoi de convois militaires avec les conséquences imprévisibles que ce geste peut provoquer ».

Complément d’information : Rapport: FIDH, Droits et Démocratie, CEDHU: Exploitation minière à grande échelle en Équateur et violation des droits humains

Source : Groupe International de Travail pour les Peuples Autochtones

Le GITPA répond a cette demande par une trés large difusion de ce message
qui peux, également, être relayé par les destinataires.

Document source: https://spark.adobe.com/page/C8ozKIGKFLBmx/
Traduction pour le GITPA par Anne – Lise Naizot,
membre du réseau des experts du GITPA pour l’Amérique latine

 

 

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Solidarité avec le peuple maseual de la Sierra norte de Puebla (Mexique)

by sur 10/01/2017

Cuetzalan, Puebla, 13 décembre 2016

APPEL À LA SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE MASEUAL DE LA SIERRA NORORIENTAL DE PUEBLA (MEXIQUE)

Version en anglais cuetz_call

Version en espagnol cuetz-_planton_esp

Dans la Sierra Nororiental de Puebla, les peuples maseual et totonakú luttons depuis plus de dix ans contre les entreprises minières et hydroélectriques. Depuis le 19 novembre, à Cuetzalan, nous, du peuple maseual, répondant à l’appel de notre organisation ALTEPE TAJPIANIJ (« les gardiens du territoire ») nous veillons à ce que la décision populaire soit respectée et à ce qu’on ne construise pas une sous-station électrique. Nous avons installé un campement, de toile et de plastique, où depuis novembre résident des dizaines d’hommes et de femmes.

Nous campons pour protester contre la décision de la Commission Fédérale d’Électricité (CFE) de construire une ligne à haute tension qui doit travers toute notre municipalité, y compris des zones densément peuplées. Cette « Ligne à haute tension de Cuetzalan – Embranchement de Teziutlan II – Tajin », doit aboutir à cette sous-station où seraient installés les transformateurs.

Dans une assemblée d’Altepe Tajpianij, en septembre dernier, nous avons appris les graves dommages à la santé que produisent les champs électromagnétiques émis par ces lignes à haute tension : un taux significativement plus élevé de leucémie chez les enfants de moins de quatre ans et aussi une plus grande incidence de la maladie d’Alzheimer pour les personnes âgées qui vivent à moins de cent mètres des lignes. La municipalité de Cuetzalan possède un Plan d’aménagement intégral élaboré par un comité de citoyens. Ce plan, qui a été adopté en 2010 par la municipalité et approuvé ensuite par le gouvernement de l’état de Puebla, interdit les mégaprojets miniers, hydroélectriques et pétroliers sur le territoire municipal. Le maire actuel s’était engagé à ne pas permettre la construction de cette ligne, mais à la fin du mois de septembre dernier, il a changé d’avis et a délivré le permis.

Au cour d’une réunion suivante d’Altepe Tajpianij, le 25 octobre, nous avons exigé que le maire respecte le plan, et sa parole, et annule le permis. Au contraire, il a organisé une assemblée, à laquelle étaient convoquées les autorités des villages, pour qu’ils approuvent la construction de la ligne. La présidente du comité qui veille à l’application du plan d’aménagement a expliqué pourquoi on ne pouvait pas continuer les travaux. Et les autorités des villages autochtones n’ont pas accepté d’appuyer un projet « sans consulter ceux qui nous ont élus ».

Sans tenir compte de la volonté populaire, l’entreprise INGETEAM, responsable de construire la sous-station, a accéléré les travaux. Le 19 novembre, nous étions plus de mille personnes rassemblées dans le chef-lieu. Nous avons écouté le rapport sur le projet, fait par le comité qui veille au respect du plan d’aménagement. Puis nous, en tant que peuple maseual, avons décidé de mettre un terme à cette construction, de façon populaire et définitive. Immédiatement après, tous ceux qui participaient à l’assemblée, nous nous sommes dirigés vers le terrain où on prétend construire la sous-station, nous l’avons occupé et nous organisons des quarts de garde pour empêcher la poursuite des travaux. Et ça continue comme ça ! Les volontaires de garde, nous apportons notre casse-croûte avec nous et des familles apportent aussi de la nourriture. Nous avons construit une petite cabane en bambou où on fait des présentations et des discussions. Jusqu’à ce jour, les autorités municipales n’ont pas osé interrompre une action qu’elles savent appuyée par un grand nombre de citoyens dans cette municipalité très majoritairement maseual.

Samedi le 10 décembre, Journée Internationale de la Terre-Mère, nous avons voulu montrer l’essence de notre lutte pour la vie, grâce à l’action symbolique la plus forte qui existe pour nous, le peuple maseual : nous avons semé du maïs, ce maïs de printemps que nous appelons tonalmil, « maïs du soleil ». En plus de ceux qui font les tours de garde dans le camp, dorénavant les esprits gardiens du maïs protégeront aussi nos semis jusqu’à la récolte en août, et protégeront aussi la terre, consacrée par cette semence. À cette occasion, nous nous sommes souvenus qu’il y a plus de deux cents ans, nos ancêtres maseual ont fait la même chose pour défendre nos terres communales qu’un grand propriétaire voulait leur enlever ; ils ont semé un grand champ de maïs à Xocoyolo. La lutte a été dure, mais, à cette occasion comme à bien d’autres, nous avons réussi à conserver notre territoire.

NOUS ADRESSONS CE MESSAGE À TOUS LES PEUPLES AUTOCHTONES QUI LUTTENT COMME NOUS POUR LA DÉFENSE DE LEURS TERRITOIRES CONTRE DES MÉGAPROJETS MINIERS, HYDROÉLECTRIQUES OU PÉTROLIERS, AFIN QU’ILS NOUS MANIFESTENT LEUR APPUI.

Au nom du peuple maseual

ALTEPE TAJPIANIJ (« LES GARDIENS DU TERRITOIRE »)

(Vous pouvez envoyer vos messages d’appui à l’adresse électronique suivante : altepetajpianij@gmail.com)

***********************

Pour en savoir plus:

Texte de Pierre Beaucage, Leonardo Durán Olguín, Ignacio Rivadeneyra Pasquel :

en espagnol:  la-lucha-y-la-fiesta_sierra-norte

en français: la-lutte-et-la-fete-sierra-norte

 

Source : Réseau Peuples Autochtones

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Séminaire « Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones » – Séance 3, 12/01/2017

Nous avons le plaisir de vous inviter à la troisième séance pour l’année 2016-2017 du séminaire

Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones

organisé par Irène Bellier (IIAC/LAIOS) et Veronica Gonzalez (CONACYT/LAIOS)

12 janvier 2017 de 9h à 13h, salle du Conseil A, bât. Le France, 190, av. de France 75013 Paris

Séance 3 : La participation des représentants autochtones aux affaires qui les concernent : un enjeu politique ou une question de procédure ?

Les Nations unies représentent l’arène politique où les discussions et les avancées concernant les peuples autochtones ont été les plus abouties. La collaboration de cette organisation avec le mouvement autochtone transnational a été indispensable pour induire, depuis cinquante ans, des effets de reconnaissance des droits de ces collectifs aux quatre coins du monde. Les outils élaborés à son sein ont eu des effets indiscutables pour la gouvernance des « affaires autochtones » en ouvrant la voie d’une activité publique tournée vers les peuples autochtones et en facilitant différentes formes de subjectivation politique des acteurs impliqués. Les mouvements autochtones de nombreux pays au monde ont développé des actions inspirées des discussions et des décisions prises à l’ONU.

Si le travail des Nations unies est généralement considéré dans le champ des peuples autochtones comme établissant des normes qu’il faudrait satisfaire en général, le mouvement autochtone,  des universitaires et différents acteurs impliqués dans les processus internationaux continuent de pousser des revendications précises, relatives notamment à la participation aux affaires qui les concernent. La Déclaration sur les droits des peuples autochtones demeurant à ce jour le seul instrument juridique des Nations unies qui a impliqué directement les acteurs concernés dans les processus de négociation et  pour le suivi de sa mise en œuvre, un important travail reste à faire pour inclure dans tous les processus internationaux ces collectifs dorénavant dotés du droit à disposer d’eux-mêmes.

L’objectif de cette séance sera d’approcher de façon critique le travail de ces organisations, de ces lieux apparemment neutres qui, placés au plus « haut » de la gouvernance multiscalaire, sont capables de produire des consensus sur des normes qui auront d’importantes conséquences sur les réalités de millions de personnes.

 Intervenants :

Irène Bellier, directrice de recherches au CNRS, anthropologue (IIAC/LAIOS-EHESS)

Claire Charters, Professeure de droit international, Auckland University, conseillère du président de l’Assemblée générale des Nations unies pour le renforcement de la participation des peuples autochtones dans les Nations unies

Veronica Gonzalez Gonzalez, sociologue (CONACYT/LAIOS)

Alexandra Xanthaki, professeure en droit (Brunel University, Londres)

Résumés des interventions

Enhancing Indigenous peoples’ participation at the UN: Opening the doors 

Claire Charters , on video and skype

The General Assembly is currently considering enhancing Indigenous peoples’ participation at the UN.  This signals the first time that the General Assembly is considering opening its doors to non-state actors beyond inter-governmental and other international organisations.  It reflects the unique quality of Indigenous peoples as peoples and their difference from civil society generally.  Claire will introduce the background to this novel development at the UN as well as outline the various positions being taken by states and Indigenous peoples.

L’Assemblée générale des Nations unies et la demande de participation des peuples autochtones : vers la construction d’une représentation politique subalterne dans la scène multilatérale ?

Veronica Gonzalez Gonzalez

Le mouvement transnational des peuples autochtones mène aujourd’hui une action auprès de l’Assemblée générale de l’ONU pour discuter des « moyens de permettre la participation des représentants des peuples autochtones et de leurs institutions aux réunions des organes compétents de l’Organisation des Nations Unies portant sur des questions qui les concernent » (Résolution 69/2 de l’Assemblée générale des Nations unies – AGNU). Il s’agit de la négociation la plus récente que ce mouvement a entreprise afin d’obtenir une place à la table du plus grand système multilatéral. Inspirée des problématiques soulevées par les études subalternes à propos de la représentation politique, la communication propose une réflexion sur les évolutions de la question aux Nations unies et sur les obstacles rencontrés pour définir des modalités de représentation dans ce que le mouvement autochtone appelle « la plus grande bureaucratie au monde ». À travers un parcours qui montrera comment les conditions administratives ont façonné la manière dont cette demande s’est exprimée et les réponses qui lui ont été apportées, cette intervention éclairera les tensions existant entre des contraintes procédurales du champ onusien et le progrès des demandes politiques qui sont censées compter sur le soutien de l’AGNU.

« La participation des peuples autochtones aux affaires qui les concernent » : un enjeu dans les négociations internationales

Irène Bellier

Observatrice depuis une quinzaine d’années de la participation des organisations et représentants autochtones aux affaires qui les concernent sur la scène onusienne, Irène Bellier  présentera trois scénarii distincts de participation politique : le premier se joue dans l’espace matriciel onusien qui, au cœur du dispositif des droits humains, a littéralement porté la réflexion sur les questions autochtones et les normes permettant de remédier à la marginalisation  de ces groupes sociaux ; le second met en jeu les États et la société civile globale et agence la place des collectifs autochtones dans la gouvernance globale à travers deux types d’affaires planétaires que sont les objectifs du développement durable et la lutte contre le changement climatique ; le troisième jette une lumière clinique sur les enjeux de pouvoir qui traversent l’Assemblée générale des Nations unies. Ces trois scénarii ne se présentent pas comme des alternatives mais dans les espaces qu’ils définissent respectivement permettent de penser les avancées et les limites de la participation politique des organisations, peuples et représentants autochtones, aux affaires qui les concernent et aux échelles qui les impliquent. La communication ouvrira ainsi la voie à une réflexion sur les questions de distance, anthropologique et politique.

Indigenous Rights in the United Nations: recent developments, current challenges
Alexandra Xanthaki

The adoption of the UN Declaration on the Rights of Indigenous Peoples (UNDRIP) in 2007 was hailed as a big success of the United Nations. After the initial enthousiastic reception of the news died down, scholars working in this field have been reflecting on the content of the Declaration and its implementation. The contribution of the United Nations is crucial for both of these challenges. The lecture will discuss how United Nations bodies have tried to push forward the content of the Declaration. It will look at the role of the treaty bodies in clarifying indigenous rights as well as the missed opportunities to push states to implement the standards. It will discuss the different and evolving roles of the Expert Mechanism on the Rights of Indigenous Peoples, the UN Special Rapporteur on Indigenous Issues and the Permanent Forum on Indigenous Issues and will evaluate their work. At a more general level, the lecture will argue that the fragmentation among the UN different ‘systems’, including the human rights structure, UNESCO, WIPO and the environmental regime, are preventing a coherent approach towards indigenous rights, but the cross-fertilisation of principles, norms and standards between the universal level and the regional level have had a very positive impact on indigenous rights.

Toute l’actualité du séminaire ici

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France : délégation officielle d’Amérindiens de Guyane à Paris, novembre 2016

Un dossier élaboré par Barbara Glowczewski, anthropologue et membre du Conseil scientifique de Sorosoro, et Rozenn Milin, directrice de Sorosoro.

Colloque au Sénat le 30 novembre 2016

Invités à un colloque au Sénat à Paris, ils sont venus en délégation des six peuples : Kali’na, Lokorno (Arawaka), Paykwene, Teko, Wayãpi et Wayana, premières nations de Guyane française.drapeau-premieres-nations-de-guyane

Ce colloque organisé le 30 novembre par la sénatrice Aline Archimbaud avait pour but d’évaluer la situation depuis le rapport parlementaire sur le suicide des jeunes Amérindiens en Guyane, qu’elle avait co-rédigé en 2015.

C’est la ministre de l’Outre-mer qui a ouvert la manifestation, avec de nouvelles promesses. Mais une fois de plus, les représentants de l’Etat ne semblaient pas avoir le temps de rester ne serait-ce que quelques minutes pour entendre ce que la délégation avait à dire.

Pas même le temps de regarder le clip Teko Makan (« No suicide ») réalisé par le réalisateur Christophe Pierre, alias Yanuwana, sur le suicide des jeunes Amérindiens de Guyane. Présenté en préambule aux témoignages, ce clip a secoué la salle comble du Sénat.

Le journaliste Yves Géry dresse ici un compte-rendu de ce colloque qui aura marqué tous ceux qui étaient présents, tant les interventions étaient intenses et émouvantes.

On retiendra en particulier les déclarations fortes des trois intervenants de la table ronde finale : les Amérindiens Jocelyn Thérèse, président du Conseil Consultatif des Populations Amérindiennes et Bushinenge (CCPAB) et Alexandre Sommer- Shaechtele, Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Autochtones de Guyane, ainsi que l’ethnopsychiatre Tobie Nathan qui a conclu en déclarant : « il n’y a pas d’identité sans territoire ».

Projection-débat au Centre international de Culture Populaire (CICP) le 29 novembre 2016

En amont de la venue des Amérindiens de Guyane au Sénat, le CSIA– Nitassinan (Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques) organisait le 29 novembre une soirée intitulée « Amérindiens de Guyane… Les Teko, un peuple en résistance ».

Au programme :

Le film « Teko, ethnologues et Cie », réalisé en 2016 par Julien Mathis et Colette Riehl Olivier.

Un débat avec : Lucien Panapuy, Teko, chanteur de No suicide, auteur compositeur, Christophe Pierre, Kali’na, réalisateur, Ludovic Pierre, étudiant à Bordeaux, Ti’wan Couchili, Teko, artiste plasticienne traditionnelle, Ruth Bidiou du collectif des Premières nations, Alain Mindjouk, Président de l’Alliance des collectivités Territoriales de Guyane (ACAG), Aikumale Alemin, Wayana, conseiller municipal de Maripasoula qui se bat pour l’ouverture d’un collège et Jean-Philippe Chambrier, président de la fédération des organisations autochtones de Guyane.

Edith Patrouilleau, fondatrice et vice-présidente du CSIA-Nitassinan, dresse ici un compte-rendu de la soirée.

Pour en savoir plus

Les abandonnés de la République – Vie et mort des Amérindiens de Guyane française, par Alexandra Mathieu, Yves Géry et Christophe Gruner, Albin-Michel, 2014

Guerriers de la Paix – les Teko de Guyane. Eric Navet, 40 ans d’ethnologie (p.180-181), livre et DVD publiés en 2016 sous la direction de Colette Riehl Olivier. La transcription des paroles du clip Teko makan – No suicide et leur traduction en français sont dans ce livre de photos et témoignages très précieux.

source : sorosoro.org

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Etats-Unis d’Amérique : Les Sioux Lakota obtiennent une modification du tracé d’un pipeline devant traverser la réserve de Standing Rock

APRÉS PLUSIEURS MOIS D’UN COMBAT ACHARNÉ,  LES SIOUX LAKOTA DE LA RESERVE DE STANDING ROCK DANS L’ ETAT DU NORD MONTANA  VIENNENT D’ OBTENIR UNE MODIFICATION DU TRACÉ DU PIPELINE DAPL  (DATA ACCES PIPELINE)

Depuis plusieurs mois, des tribus sioux du nord des États-Unis luttent contre le projet d’oléoduc Dakota Access, qui menace leur approvisionnement en eau et les terres sacrées de leurs ancêtres. Le 3 décembre, l’administration du Nord Dakota en charge de délivrer le permis de creuser dans la réserve de Standing Rock a décidé d’imposer à Energy Transfer Partner une révision du tracé du pipeline considérant la vallée du Missouri comme une zone intouchable.

Le combat a commencé le 1er avril. Pour lutter contre le passage de cet oléoduc tout près de la réserve indienne de Standing Rock, plusieurs tribus sioux ont créé, à quelques kilomètres de là, le Sacred Stone Camp, un camp de fortune situé dans la zone de Cannon Ball. Depuis, plusieurs milliers de personnes, dont les représentants de 200 tribus, selon Reuters, sont venues les rejoindre. Ce nouvel oléoduc à 3,7 milliards de dollars, dont le tracé a reçu une autorisation fédérale, s’appelle le « Dakota Access ». Il a été conçu pour traverser quatre États sur près de 1.900 km, du Dakota du Nord à l’Illinois, avant d’être raccordé à un autre oléoduc pour alimenter les raffineries du golfe du Mexique.

« Dix-huit millions de personnes vivent en aval de cette rivière » Selon les défenseurs du projet, porté par la société texane Energy Transfer Partners, il s’agirait d’un moyen de transport plus sûr que le train pour un matériau hautement inflammable. Mais, si les habitants de Standing Rock sont inquiets, c’est à cause des inévitables fuites de ce gros tuyau de 76 cm de diamètre censé transporter entre 470.000 et 570.000 barils de pétrole par jour. De quoi menacer l’agriculture et les réserves d’eau potable ainsi que tout un écosystème : des nids d’aigles d’Amérique aux plantes médicinales en passant par la culture du riz sauvage.

« Au départ, l’oléoduc devait traverser la rivière Missouri près de la ville de Bismarck, mais les autorités étaient inquiètes, car une fuite de pétrole aurait souillé l’eau potable de la capitale de l’État. Ils ont donc décidé de déplacer le projet à un demi-mile [moins d’un kilomètre] en amont de la réserve, le long d’une terre volée à la tribu en 1958, et ce sans leur consentement », rappelle, dans une tribune publiée dans le New Yorker, Bill McKibben, fondateur d’une ONG environnementale.

« Mais les conséquences ne concernent pas que la réserve« , enchérit Kandi Mossett « Eagle Woman », activiste responsable des questions d’énergie chez Indigenous Environmental Network et elle-même membre d’une tribu sioux du nord-ouest de Standing Rock.

Alors que la moitié de l’oléoduc a déjà été construite, les Sioux de Standing Rock accusent aussi les travaux de vandaliser des terres considérées comme sacrées ainsi que des lieux de sépulture et de prière. « Ils ont violé la mémoire sacrée de mes ancêtres »

Face à ces attaques, les activistes de Standing Rock ont tenté de faire entendre leur voix via une campagne nationale. Une pétition a été lancée et a rassemblé près de 300.000 signatures. Plus récemment, le soutien de plusieurs stars d’Hollywood, comme Leonardo DiCaprio, Ben Affleck, Robert Redford ou encore Susan Sarandon, a aidé à médiatiser le combat.

Grâce à cette médiatisation, des soutiens venus d’Europe, d’Asie ou encore d’Australie ont afflués vers le camp.

Les tribus sioux ont alors formulé un recours auprès d’une cour fédérale réclamant une suspension temporaire des travaux.
Un juge a émis un premier avis, mardi 6 septembre, suspendant la construction sur la partie Est du site. « Mais c’est sur la partie Ouest que tous les sites sacrés se situent, s’alarme Kandi Mossett. Par chance il a plu ces derniers jours donc les travaux ont été suspendus.»
Le juge a rendu un avis plus complet vendredi 9 septembre, rejetant la requête et provoquant la colère des opposants à Dakota Access. Le gouverneur du Dakota du Nord avait d’ailleurs mobilisé la Garde nationale en prévision de ce jugement. Mais, signe que le dossier devient politique, l’armée ainsi que les départements de la Justice et de l’Intérieur ont ordonné la suspension des travaux jusqu’à nouvel ordre et appellent à une consultation avec les tribus. Quoi qu’il arrive, les membres du Sacred Stone Camp restèrent mobilisés.
« Nous serons là aussi longtemps qu’il le faudra« , assure Kandi Mossett.

Alors que le Dakota Access mesure seulement 11 km de moins que Keystone XL, dont l’annulation par le président Barack Obama cette année a été saluée par les associations environnementales, l’interrogation est légitime :

pourquoi cet oléoduc a-t-il été autorisé aussi rapidement, sans consultation et consentement préalable ?

Le pipeline a été approuvé cet été par une agence fédérale différente, la U.S. Army Corps of Engineers, qui s’est servie d’une solution de facilité appelée « Permit 12 ». « Cela a permis de fractionner le projet en centaines de petites sections, sans avoir à réaliser d’étude d’impact globale ni de consultation avec les tribus. Le “Permit 12” n’est en général pas utilisé pour les oléoducs, nous sommes dans une sorte de vide juridique », explique à Reporterre Kendall MacKey, de 350.org. Les activistes en appellent désormais au chef de l’État, qui, de se son propre aveu, souhaite laisser en héritage ses efforts pour l’environnement. « Obama a fait une déclaration très décevante au sujet de l’oléoduc, regrette Kandi Mossett. Lors de sa visite à Standing Rock, en 2009, il avait dit qu’il serait là pour nous, mais ça n’est pas le cas. Il doit s’élever contre ce projet et nous aider à protéger notre culture. »

La décision du 3 décembre est un premier résultat positif pour ce combat.

Source : Yona Helaoua pour Reporterre et CSIA -Paris relayée par le site du GITPA

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