L’année des outre-mer et le déni de l’histoire des Amérindiens de Guyane

Jean-Paul Fereira, maire de la commune d’Awala-Yalimapo qui regroupe deux des principaux villages kali’na de Guyane a exprimé sa colère, son incompréhension et son indignation à la découverte du programme de cette « Année des Outre-Mer ». Celui-ci prévoit en effet de construire des carbets amérindiens de Guyane au jardin d’acclimatation, dans le lieu même des expositions coloniales où en 1882 et 1892, des familles kali’na furent exhibées au public métropolitain. Peu d’entre eux survécurent à ce séjour forcé. La continuité de la manifestation prévue dans le cadre de l’année des Outre-mer avec le regard colonial européen sur l’Indien tel qu’il se manifestait dans les expositions coloniales est stupéfiante.

Ce déni de l’histoire des Amérindiens de Guyane est d’autant plus incompréhensible que comme le rappelle Jean-Paul Fereira, « ces évènements malheureux, gravés dans nos mémoires, véritables zoos humains d’un autre temps que nous espérions révolu, ont fait l’objet d’un travail de recherche et vulgarisé sous forme d’une exposition ». En 1992, Gérard Collomb (LAIOS, CNRS) et les dirigeants de l’Association des Amérindiens de Guyane ont en effet organisé une exposition intitulée « Kaliňa : des Amérindiens de Guyane à Paris en 1892 » qui mettait en regard le « regard du blanc » sur les Amérindiens, en particulier à partir des photos prises pendant l’exposition coloniale et la mémoire kali’na du départ « vers le pays des blancs ».

Le site Blada relate cet événement et publie les courriers de protestation de Jean-Paul Fereira et de Chantal Berthelot, député de la circonscription ainsi que la réponse de la Région Guyane coorganisatrice de la manifestation prévue au jardin d’acclimatation dans le cadre de l’année des outre-mer. Si le Président de la Région Guyane y annonce l’abandon de cette manifestation qu’il dit n’avoir été qu’un simple projet, il semble minimiser la portée symbolique d’un tel projet. Il écrit en effet qu’ « il n’a jamais été question de reproduire un jardin colonial au sens étymologique mais un espace appelé gîte Guyane » valorisant « nos « savoir-faire traditionnels » et « nos coutumes », feignant ainsi d’ignorer que de telles mises en scène folklorisantes des Amérindiens reproduisent précisément des schémas coloniaux.

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